Khaled Mohamed

La vie nous rassemble encore !

Dans la journée du vendredi 16 août, par des messages de félicitations, j’ai appris mon admission au concours d’entrée dans la Fonction publique du Mali. En choisissant de servir mon pays, j’ai conscience que les réalités de ma future carrière et la ligne éditoriale de mon blog ne peuvent guère aller ensemble. Ainsi, mes adieux à l’ensemble de la plate-forme Mondoblog et à mes lecteurs. Retour sur mon début dans le plus grand réseau des blogueurs francophones.

Avant d’intégrer Mondoblog, je n’avais aucune compétence concernant la gestion d’un site internet. Sous la pression d’un entourage toxique qui me disait incapable de rédiger un « bon article », je doutais même de mes potentialités rédactionnelles : « écrire pour être lu, murmurais-je sans assurance, devrait être un travail de génie, un don inné accordé par le Créateur suprême. »

Crédit : Khaled Mohamed

C’est auprès de Bina Aly Diarra que j’apprends à me familiariser avec le clavier. Tendre et sympathique, son visage rayonnant m’inspire courage et confiance. Autant mon mentor croit en moi, mieux je progresse dans la rédaction. Peu à peu, je tombe sous les charmes de sa Plume.
J’étais encore en 2e année de l’école de journalisme, lorsque je faisais mes premiers pas, en mai 2021, dans l’univers des blogueurs professionnels. En intégrant Mondoblog, l’occasion m’était offerte d’éclore mon talent de rédacteur.

Mondoblog, une école à part entière

N’étant pas spécialiste de quelque domaine, ma première ambition consiste à élargir ma culture générale en écrivant sur différents sujets. Mon premier billet, intitulé « Toute femme est femme, même celle en situation de handicap. », a changé des regards sur moi, y compris parmi les gens qui ironisaient mes premiers écrits.

Crédit : Khaled Mohamed

Au fil du temps, j’ai compris que Mondoblog n’est plus qu’un journal en ligne, mais une école à part entière. Mettant mes connaissances théoriques en pratique, j’ai puisé dans presque tous les genres journalistiques (portrait, reportage, billet, commentaire etc.). Peu importe les accidents de parcours, je dis. : « ça passe ou ça passe ! »

Parlant du sport, la politique et les faits sociaux, j’ai exploré divers styles linguistiques. J’ai même fait un reportage sur une maladie (la vaginose) alors que je n’étais qu’un débutant. Mais dans la difficulté de simplifier les mots techniques issus du jargon des médecins, j’ai finalement effacé l’article..pour éviter des problèmes (Rire).

Ma curiosité d’apprenti-rédacteur

Dans les perspectives de rehausser mon niveau d’écriture et surtout trouver de bonnes sources d’information, ma curiosité d’apprenti-rédacteur m’amène à découvrir d’autres œuvres littéraires et sites fiables sur le Web. Bref, je fouillais dans tout, à l’image d’une petite souris mobile, dans le seul but de me perfectionner.

Crédit : Khaled Mohamed

Mondoblog, c’est aussi partager ses souvenirs et surtout défendre les causes justes pour la bonne marche de la société. Il n’y a pas de ligne éditoriale imposée à tous, chaque blogueur exprime ses idées et opinions sans contrainte : Je ne suis pas d’accord avec toi ne signifie pas que je suis contre toi. Et vice-versa.

« Nous partageons ta douleur. »

Équipe de Mondoblog


Mondoblog, c’est enfin l’affection mutuelle dans la joie comme dans la peine. Je ne saurais oublier les messages de compassion de l’équipe lorsqu’elle a appris le décès, survenu en mars 2024, de mon frère cadet.

« Au nom de toute l’équipe de Mondoblog, nous tenons à te présenter nos plus sincères condoléances pour la perte de ton frère. Nous partageons ta douleur et nous espérons que tu trouveras un peu de réconfort dans ces moments difficiles. », sympathise-t-elle dans un mail.

Une manière de montrer qu’au-delà de nos différences et ressemblances, nous sommes avant tout humains. Tout comme elle m’a manifesté son soutien lorsque j’ai été nominé à un concours d’écriture quelques années plus tôt.

Les adieux d’un rédacteur « libre »

En forgeant, on devient forgeron. Grâce à cette expérience, je suis parvenu à me surpasser en me liberant des mythes et des complexes de l’écriture. Même si des lacunes restent à corriger, mon sentiment, aujourd’hui, est celui d’un « rédacteur » libre de s’exprimer et capable d’écrire pour être lu partout et à tout moment.

Crédit : Khaled Mohamed

Au bout de trois années dans cette aventure, jalonnées de défis et de succès, j’exprime mes souhaits de réussite à l’ensemble des administrateurs et rédacteurs du réseau. Je pense particulièrement à Thibault, Séverine, Djibril Tounkara et Makan Fofana pour la qualité de leurs contributions.

Je n’oublierai jamais mes lecteurs. À tous ceux qui ont fait des corrections, observations et commentaires sur mes écrits : merci à toutes, merci à tous ! La vie nous rassemble encore et pour longtemps !

Khaled Mohamed


Fin de la Transition au Mali : vers le statu quo ?

Profitant des mois des manifestations populaires du Mouvement du 5 juin, un groupe de militaires, réunis au sein du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), a pris le pouvoir mardi 18 août 2020. Les nouveaux maîtres des lieux avaient pourtant promis d’organiser aussitot des élections. Quatre ans après, le Colonel Assimi Goïta est-il prêt à passer la main ?

Au sortir des concertations nationales ayant permis la mise en place des premières institutions (une charte et des organes dirigeantes comme le président, le vice-président et le gouvernement) de la Transition, le M5 se divise. Une partie du mouvement salue l’architecture des organes, l’autre se préocupe de la longue durée de la Transition (18 mois) et de la nomination massive des militaires aux postes clés de l’Administration.

Assimi Goïta 19 août 2020 / Crédit : VOA, via Wikicommons image

Le 24 mai 2021, quelques heures juste après la publication de la liste d’un nouveau gouvernement à la télévision nationale, le CNSP évince le Colonel à la retraite Bah N’daw, jusque là président de la Transition, par un nouveau coup de force. Le 7 juin, le Colonel Assimi Goïta prête serment en tant que président de la Transition, et nomme au poste de premier ministre, Choguel Kokalla Maiga, le président du comité stratégique du M5.

Maintenir l’adhésion des foules

Pour renforcer le concept du renouveau, le chef de la Transition décide d’investir le fonds de souveraineté de la présidence dans les « œuvres sociales. » Des véhicules (bus et voitures d’ambulance), des matériels de santé et des forages sont inaugurés à travers le pays.

Lire aussi :

Au Mali, des dirigeants politiques pris à leur propre piège

Dans les euphories patriotiques, l’annonce du départ des forces étrangères et la relance du train voyageur offrent l’opportunité d’organiser le référendum constitutionnel. Le retard dans la confection des cartes biométriques et l’occupation de la région de Kidal par les mouvements rebelles ne constituent guère un obstacle pour sa tenue. Quitte à y faire parvenir le matériel électoral par la Minusma, la force onusienne.

Les mois qui suivent l’adoption de la nouvelle constitution, plébiscitée à plus de 96 % selon la cour constitutionnelle, les Forces armées maliennes (FAMa) libèrent plusieurs localités sous contrôle des groupes armés mais les délestages électriques montent en puissance. En dépit du chômage grandissant et la vie chère, la popularité du pouvoir militaire ne cesse de monter au sein des masses.

Assimi Goïta entre Choguel Maiga (premier ministre à gauche) et Malick Diaw (président du CNT) juillet 2023 By Sekou Gado via Wikimedia images

Récupération des données biométriques par des « génies informaticiens maliens », renvoi des ambassadeurs européens, discours souverainistes à la télé, retrait de la CEDEAO, rumeurs concernant la création d’une monnaie..tous les ingrédients sont nécessaires pour maintenir l’adhésion des foules. Après les Assises nationales de refondation (ANR) de décembre 2021, qui ont permis la prorogation de la durée la Transition de 18 à 24 mois supplémentaires, un troisième dialogue national a eu lieu en avril 2024.

Colonel Assimi Goita en août 2021 crédit Moctar Barry VOA via Wikimedia images

Quelques jours avant l’ouverture officielle du dialogue inter-malien, un décret du conseil des ministres suspend les activités des partis et associations politiques. Selon le ministre de l’Administration territoriale, porte-parole du gouvernement, le Colonel Abdoulaye Maiga, ladite décision consiste à éviter la perturbation des travaux du dialogue par des agissements politiques.

Kôrôkèba, la doyenne des Transitions

Si le dialogue inter-malien a ouvert la voie à un nouveau rallonge, le pays est dans un vide constitutionnel depuis le 26 mars dernier date à laquelle le gouvernement avait prévu la fin de la Transition. En effet, aucun délai précis concernant le retour à l’ordre constitutionnel n’est officiel à ce jour.

Les membres du Comité national pour le salut du peuple, septembre 2020 By Kassim Traoré / VOA via Wikimedia images

En plus de l’achat du combustible alimentant les centrales électriques et l’acquisition des équipements militaires, le pouvoir militaire est confronté à la restriction des aides publiques au développement et aux départs massifs des ONG occidentales. De quoi amorcer l’augmentation des dépenses de l’État et la hausse de la dette publique.

Bamako, à la base aérienne, 9 aout 2022, réception des avions de combat militaires de Moscou Crédit Mohamed Dagnoko (VOA) via Wikimedia

Cependant, les discours révolutionnaires contrastent avec les pratiques. Les irrégularités financières dans la sphère publique, l’entretien des forteresses, pardon cortèges militaires surarmés, qui accompagnent les figures des deux coups d’État, ainsi que les salaires et autres avantages (plus de 2 millions de FCFA accordé mensuellement à chacun) des 147 membres (tous nommés par décret présidentiel) du CNT (Conseil national de Transition, l’organe législatif) constituent des charges inestimables.

Des électeurs de Bamako à la recherche de leurs bureaux de vote sur les listes électorales à la présidentielle 2013 au Mali par Bryan via Wikicommons

Depuis quelques mois, plusieurs initiatives laissent planer l’ombre d’une échéance électorale. Nomination des préfets et sous-préfets, état des lieux des matériels électoraux..Les institutions en charge des élections sont sur tous les fronts.

A environ cinq ans, le mandat d’un chef d’État élu au Mali, la doyenne des actuelles transitions ouest-africaines (Kôrôkèba en bambara) semble prendre son épilogue. Reste à savoir si le locataire de Koulouba est prêt à passer la main à un président civil. Si non, le Colonel Assimi Goïta quittera-t-il son fauteuil, voire son treillis, pour aller compétir ou faira-t-il l’arbitre et le joueur en même temps ? L’équation ne semble pas aisée à résoudre, mais wait and see.

Lire aussi :

Digitalisation de l’Administration publique au Mali

JO de Paris : Aucune médaille pour le Mali

Au bout de quelques semaines de compétition, les athlètes maliens ont, sans surprise, perpétué la tradition. Sur quinze participations aux Jeux olympiques d’été, le pays de Salif Keita n’a remporté aucune médaille.
Double champion du monde de taekwondo (2007 et 2009), le galactique Daba Modibo Kéita n’a pas, hélas, pu inscrire son nom dans le palmarès des Jeux olympiques. Après l’élimination de l’emblématique aux quarts de finale des Olympiades de Pékin 2008 et en demi-finale des JO de Londres 2012, les regards étaient tournés vers la France où son cadet Ismaël Coulibaly entre en compétition.

Lire aussi :

Alou Badra Diallo, en attendant le baptême du feu

Ce vendredi 9 août 2024, le taekwondoïste de 31 ans n’a pas pu franchir le premier tour. Dernier représentant malien à entrer en lice, Ismaël Coulibaly a été éliminé par le kazakh Toleugali Batyrkhan, rallongeant ainsi la série de sans médaille des sportifs maliens lors des Jeux olympiques.

La première malienne sur le ring olympique

En plus du taekwondoïste, les couleurs du Mali étaient défendues cette année par plusieurs autres athlètes. Il s’agit des joueurs de l’équipe de football, le sprinter Fodé Sissoko, les nageurs Alexien Kouma et Aïchata Diabaté, et la boxeuse Marine Fatoumata Camara (57 kg).
Première femme malienne à monter sur le ring olympique, la boxeuse Marine Fatoumata Camara a été éliminée par la turque Yildiz sur le score de 5-0. Cinquième de sa série en 37.55, sa compatriote, Aïchata Diabaté, parvient à battre son record personnel (40.28) en 50 m nage libre.

https://twitter.com/MaliComps/status/1819673466888495455

Sur les 100 m nage libre, Alexien Kouma, néanmoins premier africain sur la ligne de départ, a quitté les Jeux à la 4e place. Même position pour Fodé Sissoko, qui a terminé 4e de la course de 100 m. Le sprinter malien de 27 ans a pris part à la série de 5 et enregistré un temps de 10.66.

https://twitter.com/MaliComps/status/1818222048772039159

L’élimination des Aigles Espoirs

Quart de finaliste des Jeux olympiques d’Athènes 2004 (défaite 0-1 face à l’Italie), le Mali a participé, pour sa deuxième fois, au tournoi de football. Les Aigles Espoirs avaient conquis leur ticket de qualification grâce à leur victoire sur la Guinée (0-0, 4-3 t.a.b) lors de la petite finale de la CAN des moins de 23 ans.

Médaillée de Bronze de la CAN, l’équipe de football malienne a quitté la campagne parisienne sans la moindre victoire. Accrochés par les Israéliens (1-1), les protégés d’Alou Badra Diallo ont enregistré deux défaites successives, sur le même score de 0-1, respectivement face au Japon et au Paraguay. Ces trois résultats ne permettent aux Espoirs de se qualifier pour la phase à élimination directe.

© AFP

Lire aussi :

De quoi je me mêle si un africain est tricolore


Organisés à Paris dans le cadre de la 33e édition, les Jeux olympiques d’été 2024 marquent la quinzième participation du Mali. Depuis la première qualification du pays en 1964, les athlètes sortent des compétitions sans la moindre médaille.
Par ailleurs, les JO de Paris ont enregistré la première consécration de la Mauritanie, de l’Ouganda et du Botswana. Dans l’épreuve du 10 000 mètres masculin, l’athlète Ougandais, Joshua Cheptegei, a glané la médaille d’or. Même récompense pour le Botswanais Letsile Tebogo, héro de la course de 200 m.

https://twitter.com/RFI/status/1821617978607059180

Âgé de 32 ans, l’arbitre international, Dahane Beida, devient le premier mauritanien médaillé d’or olympique. Le Sifflet de la finale de la CAN Côte d’Ivoire 2023 a participé, en tant que 4e arbitre, à la finale du tournoi de football terminé sur le sacre l’Espagne (5-3) sur le pays hôte, la France dans l’après-midi du vendredi 9 août 2024.

À ÉCOUTER

Letsile Tebogo, invité de RFI

Migration irrégulière féminine : le tournant d’un phénomène inquiétant

Ces dernières années, la migration clandestine féminine vers l’Europe est monnaie courante au sein des communautés Soninké. Mais à quel prix ces femmes et jeunes filles quittent leurs villages ?

Autrefois, dans nos communautés, la femme était le pilier du foyer. Jouant un rôle à la fois affectif et éducatif pour les enfants, celle qui assurait le ménage ne partait jamais à l’aventure pour faire fortune. Peu importe, ses moyens, c’est son époux qui s’attachait au bien-être du foyer.


LIRE AUSSI :

Bangou Tandia, l’as de la terre

Malgré cette réalité sociale, la migration des femmes ne date pas d’aujourd’hui. Organisés, dans le cadre du mariage, de la filiation, des études ou du commerce, les départs des femmes vers l’Occident s’effectuent, depuis des décennies, par voie légale (Visa).

By AMISOM via Iwaria Images

Ces dernières années, la migration clandestine des femmes connaît un tournant majeur. Jeunes filles, femmes célibataires, mariées ou en situation de divorce, nombreuses sont celles qui sont hébergées dans des centres, appelés foyers, des villes côtières du Sénégal, de la Mauritanie et du Maroc.

Un tabou au village

Au cours de nos enquêtes, des sources ont mis en avant des raisons économiques. D’autres femmes espèrent retrouver des « amis » qu’elles auraient rencontrés sur les réseaux sociaux. Sans demander l’autorisation de leurs parents ou fuyant leurs maris villageois, des femmes mariées tournent le dos à leurs enfants, souvent très jeunes, au pays en mettant le cap sur l’Atlantique.

By AMISOM via Iwaria Images

La plupart utilisent les revenus de leurs activités économiques (restauration, vente de produits cosmétiques, etc) pour payer le frais du voyage (environ un million de francs CFA). D’autres bénéficient du soutien financier des membres de leurs familles, de leurs époux ou encore des amants, en situation irrégulière, sur le vieux continent.

By AMISOM via Iwaria Images

Au village, la migration clandestine féminine reste un tabou. Raison pour laquelle celles qui rêvent ce projet préfèrent partir incognito. Selon plusieurs de nos compatriotes habitants des foyers de Nouadibou, les migrantes couvrent leur visage du voile pour éviter d’être reconnues dans les rues de ladite ville.

Au cours du périple, les migrants relient les deux continents au péril de leur vie. En plus de la fatigue et la maladie, les dames sont souvent à la merci des hommes. A en croire un revenant du périlleux voyage, les femmes et les jeunes filles doivent parfois se plier au chantage des passeurs, sous peine de ne pas être dans le convoi.

Toujours selon notre interlocuteur, des migrantes cohabitent avec des compagnons de voyage dans le même bâtiment, voire partager la même chambre. Au bout des semaines et mois de relations circonstancielles, rares sont celles qui ne seront pas en état de grossesse.

« Nous rejoignons la plage en traînant à quatre pattes. »

Makan Diarra


Face à l’insuffisance de moyens de sauvetage et d’assistance humanitaire sur les côtes africaines, plusieurs activistes tirent la sonnette d’alarme. Regroupés à bord des pirogues en bois, des dizaines et centaines de migrants passent des jours sur la mer.



Rescapé d’un périple en 2021, Makan Diarra se souvient encore des huit jours et huit nuits de voyage qu’il a vécu sur l’Atlantique. Constitué d’une quarantaine de personnes (dont des femmes), leur convoi, allant de Nouakchott pour l’Espagne, se retrouve sur les côtes mauritaniennes. « Assis étroitement pendant des jours sans manger, personne ne pouvait sortir du bateau en marchant », se remémore-t-il.

Port artisanal de Nouadibou By Bertramz via Wikimedia

« Nous rejoignons la plage en traînant à quatre pattes. Ceux qui ne parviennent pas à s’échapper très tôt sont arrêtés, emprisonnés et maltraités par la police » déplore-t-il. En effet, au moins trois de ses compagnons ont succombé à bord. Plusieurs autres ont été transportés vers un centre de santé.

En attendant la vie de leurs rêves

Peu importe la destination des embarcations, les cas de décès et malades sont souvent constatés. Pendant ce temps, en Europe, le marché du travail, plus ou moins pléthorique, exige une main d’œuvre qualifiée. Celles qui n’ont pas fréquenté l’école apprennent à lire et à écrire la langue du pays d’accueil, se forment pendant des années avant d’embrasser une activité professionnelle (électricité, menuiserie, jardinage etc.) et avoir le statut de « régulières » sur le territoire.

By AMISOM via Iwaria Images

En attendant la vie de leurs rêves (la fortune, un mari et des enfants nés en terre européenne), des migrantes sont reconverties vendeuses de produits africains (comme la nourriture) au sein de la diaspora. Entre temps, beaucoup d’entre elles deviennent des « influenceuses » sur la toile où leurs vidéos affectent des centaines des femmes et jeunes filles qui les suivent au pays.

By AMISOM via Iwaria Images

Dans un monde où la contribution des femmes migrantes est rare dans la mise en œuvre des projets communautaires de développement, la migration féminine est plus préoccupante que le départ massif des hommes. Après tout, parmi celles qui partent, seule une infime partie revient s’installer au pays.


LIRE AUSSI :

Entreprendre au Mali : Défis et opportunités pour les jeunes

Sur la société, le phénomène a des nombreuses autres conséquences. La détérioration des valeurs traditionnelles, les divorces récurrents et surtout le dépeuplement, à travers l’accroissement du nombre de candidats à la migration sont à l’origine des inquiétudes.

Khaled


Les FAMa face à l’hydre terroriste : la Transition malienne à bras-le-corps

Embuscades sporadiques, mines explosives… les défis sécuritaires restent immenses pour les Forces armées maliennes (FAMa). Malgré tout, la renaissance de l’Armée malienne est une réalité.

« Après dix ans de présence des forces étrangères sur notre sol, nous avons compris que la logique était plutôt d’entretenir l’insécurité et de nous maintenir dans la dépendance. C’est la raison fondamentale pour laquelle le peuple malien a décidé de prendre en main sa sécurité. », déclarait le président de la Transition, Colonel Assimi Goïta, mettant fin à une coalition militaire internationale (casques bleus et forces occidentales).


Reconquête territoriale


Alors que les relations entre le Mali et les pays de l’OTAN se dégradent, les ONG occidentales intensifient des accusations contre les FAMa. Selon des rapports de la Minusma et plusieurs autres organisations de droits de l’homme, des militaires maliens seraient à l’origine d’exactions au cours de leurs opérations.

Crédit : AMISOM via Iwaria Images

Le départ « immédiat » des forces étrangères intervient dans un contexte de malentendu entre la diplomatie malienne et des chancelleries occidentales. En plus des sanctions économiques imposées par la CEDEAO (communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) et l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine), le pays était confronté à une insécurité qui va crescendo depuis 2012.
Cependant, la Transition malienne bénéficie du soutien diplomatique et commercial de la Russie, de la Chine et plusieurs autres puissances internationales. Les nouvelles autorités renforcent les capacités d’action de l’Armée nationale, à travers l’achat de nouveaux équipements militaires (avions, drones, armes etc.) auprès de Moscou et de la Turquie.

Crédit : Assimi Goïta et Vladimir Poutine via Wikicommons

Depuis octobre 2023, suite au lancement de l’opération de reconquête territoriale, les FAMa ont récupéré plusieurs localités, contrôlées par des groupes armés. Malgré ce succès, l’hydre terroriste persiste avec des embuscades sporadiques et des mines explosives qui ciblent les patrouilles FAMa à certains endroits. Dans la région de Mopti, où le phénomène du terrorisme et du banditisme s’est enraciné des années plus tôt, plusieurs villages vivent encore sous la menace des groupes armés.

« Enlèvement du personnel des collectivités territoriales (enseignants, conseillers communaux, personnel de la santé etc.), collecte des taxes, déplacements des ruraux »… des ONG ne cessent s’affairer. Mais peu importe la situation, les efforts du pouvoir militaire, sur le plan sécuritaire, sont des plus significatifs.

Prenant à bras-le-corps le phénomène d’invasion terroriste, la force combattante continue de s’illustrer sur le terrain. La reddition des dizaines d’éléments terroristes qui remettent armes, munitions et véhicules aux Forces de défense, le renforcement de la surveillance du territoire national le long des frontières avec l’Algérie et la Mauritanie ainsi que la mise déroute des assaillants à Tinzaouatene constituent, entre autres, des preuves concrètes.


Les raisons d’une popularité


Affectés par le même phénomène d’insécurité, le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont mis en place l’Alliance des États du Sahel (AES, qui devient une Confédération). Cette initiative engendre la coordination des opérations militaires.
Après la mise en œuvre de la force conjointe sahelienne, en mars 2024, les FAMa et leurs partenaires du Sahel font l’objet des commentaires dans les médias. « Mort de militaires, recrudescence des attaques, homicides volontaires, accroissement du nombre de déplacés »… autant les ONG, les activistes, et les politiques s’alarment avec leurs chiffres, mieux la quiétude et l’espoir grandissent au sein de l’écrasante majorité des Maliens.

Crédit Kassim Traoré (Voa) via Wikicommons

En clair, le retour des services sociaux (administration, centres de santé, écoles etc.) de l’Etat dans plusieurs régions a servi de ciment entre populations civiles et autorités militaires. À la grande satisfaction du leader emblématique de la Transition malienne, Colonel Assimi Goïta, qui bénéficie d’une popularité montante auprès d’une masse aussi bien urbaine que rurale.


Bangou Tandia, l’as de la terre

Dans la contrée de Diafounou (région de Kayes au Mali), le quadragénaire est un modèle de l’entreprenariat rural. Celui qui n’a pas pris pour option ni l’école ni la migration a choisi le métier de la ferme.

Mardi 30 juillet 2024. Le ciel est obscurci par une escadrille de gros nuages. Bravant la pluie qui menace, des hommes à moto traversent la route Yelimané-Kayes et se dirigent vers la savane. Tenant sur la tête un récipient, contenant des provisions (nourriture et eau), des houes et des graines de mil et d’arachide, des femmes en voile, accompagnées des enfants qui conduisent quelques moutons, prennent la même direction.

Confrontés au manque de formation et d’assistance, seuls quelques rares jeunes osent entreprendre au village

A LIRE :
Entreprendre au village : les premiers pas d’Adama et Samba

Pendant que les paysans se précipitent vers les champs, des jardiniers cultivent un domaine, entouré de fil de fer, au bord de la route. Pour les rejoindre, nous marchons les quelques mètres menant à l’entrée principale, du domaine, située à l’est.
À l’intérieur du site verdoyant, un silence de cloître contraste avec le bruit des moteurs des véhicules et les vrombissements des motos qui défilent sur la route. Non loin de l’entrée, se dresse un logement en banco, toituré de tôle ondulée, mais crépi de l’extérieur en ciment.

Bangou Tandia dans sa ferme juillet 2024 / image : Khaled Mohamed

A côté de cette construction, servant à la fois de dortoir et de magasin de dépôt, est installé un hangar en paille meublé de deux chaises pour la réception des visiteurs. Comme pour chercher la fraîcheur et l’air, le logement et le hangar s’ouvrent vers le sud.
En face, s’étale un large champ, hérissé de jeunes plantes et des pieds de gombo en maturation. La taille imposante, la peau noire, la tête rase, des lunettes sombres sur les yeux, un homme en tee-shirt bleu ciel se promène dans les sillons. Le visage détendu, la voix grave mais posée, Bangou Tandia nous reçoit dans sa ferme.

Bangou Tandia dans sa ferme juillet 2024 / image : Khaled Mohamed

« Avant de devenir fermier, j’ai été inspiré par les maraîchers de Diombougou (contrée située à quelques dizaines de kilomètres de Kayes) qui ravitaillent nos villages en légumes et fruits », se souvient l’entrepreneur. Ambitieux, Tandia part à Marena, un village de Diombougou en 2015 pour la pratique du jardinage. De retour au bercail en 2017, il bénéficie d’un terrain de deux hectares à la périphérie de son village natal.


Centre Songhaï, une expérience

En 2018, Bangou Tandia était parmi la centaine de bénéficiaires de six mois de formation dédiée aux techniques de gestion de la ferme à Kenieba (Mali). Initiées par les ONG allemandes (PADI et GIZ), les sessions étaient dirigées par les techniciens du centre Songhaï du Bénin. « C’est au cours de cette formation que j’ai vraiment aimé le métier du fermier. Après la phase théorique, nous sommes allés au Bénin pour vivre les réalités sur le terrain. », reconnait-il.

Bangou Tandia dans sa ferme juillet 2024 / image : Khaled Mohamed

Du haut de cette expérience, le fermier démarre ses activités en 2019 avec un budget de départ de 5 millions de F CFA. Sur le site, deux forages, comprenant deux châteaux d’eau, deux puits et des panneaux solaires, reliés par des robinnets et tuyaux qui jalonnent les planchers, sont installés.
« Le forage, précise l’entrepreneur, a été installé grâce à l’appui d’un parent (un ressortissant village établi à Bamako) qui a financé l’infrastructure à plus de quatre millions de F CFA« . En effet, c’est à partir de 2021 que le projet de l’élevage a vu le jour. Même si l’agriculture est jusqu’ici la principale source des revenus de la ferme.

Depuis 2019, l’orange, le gombo, la tomate, l’oignon, l’aubergine et le concombre constituent les produits du maraîchage. Pour faciliter la tâche, Bangou Tandia emploie trois ouvriers permanents pour l’arrosage, le sarclage et la récolte du champ. Chaque trois mois, les fruits et légumes rapportent au minimum deux millions de F CFA de bénéfice. Une aubaine au sein d’une paysannerie habituée à attendre neuf mois avant de renouer avec l’agriculture saisonnière.
Président de l’association des jeunes du village, son frère ainé, Boubou Tandia, ne cache pas sa satisfaction. « En plus de l’avantage de vivre parmi les siens, les revenus de mon frère dépassent largement ceux des émigrés, dont la plupart économisent à peine un million de F CFA au bout de quelques mois », soutient-il.


Pression sociale

Devenu un modèle, Tandia reçoit de nombreux visiteurs dans sa ferme. « Beaucoup de personnes ont manifesté leur passion pour le travail de la ferme. Parfois, des visiteurs viennent même de Diombougou, où j’ai appris le jardinage, pour demander des idées. Sans compter les messages et appels téléphoniques des maraîchers et fermiers d’autres villages. », se réjouit-il.

Bangou Tandia dans sa ferme juillet 2024 / image : Khaled Mohamed

Pourtant, l’entrepreneur se heurte à une pression sociale au départ. « Lorsque j’ai ouvert la ferme, des personnes n’ont pas hésité à me démoraliser, déplore-t-il. D’autres ont estimé que le sol sablonneux du site n’est pas fertile en le comparant aux terres arables se trouvant au nord du village, derrière une mare. »

Surmontant cette difficulté, le fermier ne quitte pas son site : « En réalité, il n’y a pas de terre qui ne se prête pas au maraîchage, nous avons juste besoin de l’eau pour rendre la terre plus fertile. Au cours de notre séjour au centre Songhaï, nous avons rencontré des fermiers qui cultivent des sols plus arides que le nôtre. Dans certains milieux, les agriculteurs transportent même la terre d’un endroit à un autre et font des bonnes récoltes. », témoigne le maraîcher.

Dans la ferme de Bangou Tandia, juillet 2024 / image : Khaled Mohamed

Situé à l’entrée du village, au bord de la route Yelimané-Kayes, l’emplacement de la ferme est un atout majeur. D’après le fermier, la plupart des visiteurs ont découvert l’endroit juste en passant sur la route. Cependant, l’accès est plus facile pour les marchands qui ravitaillent les villages environnants. « Pour la vente des fruits et légumes, nous faisons les dépôts des récoltes près de la route. Les clients viennent juste les chercher là-bas », souligne-t-il.


Le système intégré

Au centre Songhaï, Bangou Tandia a appris les techniques du maraîchage, mais aussi celles de l’aquaculture et de l’élevage du bétail et de la volaille. Pour appliquer ce qu’il appelle le système intégré (qui consiste à mener à la fois les différents secteurs), l’entrepreneur pratique l’élevage du bétail et de la volaille dans sa ferme.

Bangou Tandia dans sa ferme juillet 2024 / image : Khaled Mohamed

En attendant la fin des travaux d’un poulailler, le fermier élève des centaines des pintades qui font la navette entre le site et la brousse. Dans la journée, on aperçoit que quelques pintades sortir, une à une, des poulaillers artisanaux en banco. « Depuis 2021, nous pratiquons aussi l’élevage de moutons pendant la saison sèche (période au Sahel allant de septembre à juin). L’année précédente, nous avions une vingtaine de têtes. Toutes ont été vendues à la veille de la fête de Tabaski. Si les récoltes sont bonnes cette année, nous allons acheter des bœufs et des vaches pour accélérer l’embouche », projette l’entrepreneur devant un enclos vide, mais jalonné de traces d’animaux.

Bangou Tandia dans sa ferme juillet 2024 / image Khaled Mohamed

Entre vie de famille et métier de ferme, l’entrepreneur quitte à moto son domicile le matin de bonne heure et n’y retourne qu’aux environs du crépuscule. Jonglant entre l’élevage du bétail de la saison sèche et le maraîchage permanent, la ferme est confrontée à la pénurie d’eau, attardant ainsi la mise en application du système intégré. « Pour faire face à l’insuffisance de l’eau, nous avons prévu de mener l’élevage sur un autre site où l’eau est plus accessible. Même si ce sera dans une lointaine brousse. », ambitionne-t-il.

Un puits dans la ferme de Bangou Tandia juillet 2024 / image : Khaled Mohamed

En plus de ce retard, les récoltes de la ferme sont insuffisantes pour la consommation locale. Marchand de légumes au village, Modibo Sylla importe des légumes, des œufs et plusieurs autres produits alimentaires de Kayes. « Pour un bénéfice de 25 000 F CFA, j’investis au minimum 40 000 F CFA chaque semaine », constate-t-il devant une table sur laquelle sont exposés des tas d’oignon, de choux, d’aubergine, de patate etc.
Malgré le mauvais état des routes, parfois inondées pendant l’hivernage et surtout la hausse du prix du carburant qui entraînent le retard et l’augmentation des frais de transport (De 2016 à 2024, le frais de transport des passagers passe de 2 000 F CFA à 4 000 F CFA, celui des commandes passe de 1 000 à 2 000 F CFA), les légumes sont sollicitées par les ménages en toute saison.
« Chaque jour, mes fournisseurs kayesiens envoient des sacs et cartons de légumes. Mais au bout de trois jours, la demande est plus pressante. Parfois, il faut attendre des jours voire des semaines avant l’arrivage des produits comme la pomme de terre. », s’étonne le marchand.

Bangou Tandia dans sa ferme juillet 2024 / image : Khaled Mohamed

Parlant des conséquences de la migration massive, Bangou Tandia souligne le manque de patience des jeunes et surtout le retard des adultes dans l’entrepreneuriat rural. « Parmi ceux qui viennent à la ferme, il y en a qui ont les moyens financier, mais hésitent de se lancer. Des retraités et travailleurs disent qu’ils n’ont plus le temps et la santé physique pour se consacrer aux travaux de la ferme », fait-il remarquer.

Malgré la réussite de plusieurs jeunes, le concept de l’entrepreneuriat n’est pas compris

Lire aussi :
Entreprendre au Mali : Défis et opportunités pour les jeunes

Le temps de convaincre les jeunes, les travailleurs migrants et les retraités qui payent le frais du périlleux voyage maritime, la réussite du fermier se démarque de l’ordinaire. En effet, de nombreux jeunes, ayant montré leur ambition de lui emboîter le pas, ont finalement jeté l’éponge en prenant la route du vieux continent.

Khaled Mohamed Dramé


Digitalisation de l’Administration : le projet phare de la Transition malienne

Assimi Goïta au milieu By Sekou Gado via Wikicommons

Dans les perspectives de la lutte contre la corruption et la déperdition des deniers publics, la Transition malienne entend prendre appui sur le numérique en vue de faciliter le paiement des salaires, impôts, taxes et contraventions.


A la faveur de la cérémonie d’inauguration marquant la fin des travaux de rénovation du stade Babemba Traoré de Sikasso (3e région administrative), le Colonel Assimi Goïta a promis d’innover, à travers le numérique, les modalités de paiement des services publics. « En cas d’infraction sur la circulation routière, vous n’aurez plus à payer en espèce. Vous pourrez effectuer le paiement à partir de votre téléphone. L’argent sera directement versé dans le compte du Trésor public. », a-t-il illustré, en bambara, devant une foule grandiose.

Lire aussi :

Au Mali, des dirigeants politiques pris à leur propre piège


Les conséquences d’un retard


Deux semaines plus tard, ledit projet s’invite sur la table du Conseil de ministres à Koulouba (Présidence de la République). Selon le communiqué de la rencontre hebdomadaire des ministres, rendu public mercredi 10 juillet 2024, le projet de décret fixant les principes de la digitalisation des moyens de paiement dans les services publics a été adopté ce jour-ci.

Des électeurs de Bamako à la recherche de leurs bureaux de vote sur les listes électorales à la présidentielle 2013 au Mali par Bryan via Wikicommons
A en croire ledit document, un grand nombre d’opérations de paiement de l’Etat et des Collectivités territoriales continuent de s’effectuer en espèce et par chèque. Un paradoxe dans un monde où les mutations technologiques et les progrès numériques ont facilité la vie.

Lire aussi :

Malikoura : le front social en attente

Lenteurs, risques d’erreurs dans les traitements, corruption et déperdition des deniers publics, les conséquences de ce retard sont énormes. En adoptant le projet de digitalisation, le Conseil a souligné entre autres « l’utilisation accrue des nouveaux instruments et procédés de paiement, l’inclusion financière, la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. »

By Carosaun via Wikicommons

Jusqu’au village le plus reculé du pays, cette initiative nourrit les espoirs. Au cours du premier sommet de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel, le chef de la Transition a, dans son discours, fait mention « des tracasseries administratives » qui constituent « un obstacle pour la libre circulation des personnes et de leurs biens ».

Entamés sous l’ère Assimi, plusieurs ambitieux projets sont toujours en chantier


Dans un contexte de difficulté économique, ponctuée de la hausse de la dette publique, l’achat du combustible alimentant les centrales électriques, l’acquisition des matériels militaires et les recrutements massifs dans les rangs des forces de défense et de sécurité, la digitalisation des moyens de paiement de l’Administration publique suscite des interrogations. En effet, plusieurs ambitieux projets, entamés sous l’ère Assimi, sont toujours en chantier.

Mieux vaut tard que jamais !

Mauvaise gestion ou manque de moyens ? Quoi qu’il en soit, l’arrêt des activités du train voyageur Bamako-Kayes, le retard dans la gestion des cartes biométriques et du fichier électoral, la pénurie de la carte d’identité nationale, dont le prix a considérablement augmenté au niveau des commissariats de police, et le feuilleton du vol de carburant et des groupes d’occasion de l’EDM (Énergie du Mali) sèment des doutes.

Lire aussi :

Suspension des activités politiques : quid le dialogue inter-malien
A Bamako, la police a saisi 196 kg de cannabis, le 7 novembre 2017. (VOA/Kassim Traoré) via Wikicommons

On ne prête qu’aux riches. Surtout dans un pays où plus d’un agent des services publics s’enrichit en surfacturant les documents administratifs. Face à ce dilemme, le projet de digitalisation faira-t-il long feu dans les pratiques ? La réponse appartient à l’avenir. Après tout, l’émergence de toute entreprise humaine a besoin des moyens et de temps nécessaires. Mieux vaut tard que jamais !


De quoi je me mêle si un africain est tricolore ?

A la veille des Jeux Olympiques de Paris, il est opportun de jeter un regard retrospectif sur les footballeurs d’origine africaine de l’équipe de France.

L’équipe de France lors du mondial 2022 au Qatar / Agence de presse Tasnim via Wikicommons

Le football est le sport le plus fédérateur de l’humanité. L’équipe de France réunit des africains de divers horizons sur la pelouse, c’est à la fois une pépinière de l’excellence et un rempart contre la discrimination.

Seul le talent est roi

Arborant leurs maillots tricolores, les Bleus démontrent que les hommes peuvent réussir ensemble. À l’image de la société des « frères et sœurs » rêvée par Linconln, prêchée par Gandhi et édifiée par Mandela. De quoi je me mêle si un malien décide d’entonner la Marseillaise, de défendre les couleurs d’un pays qui l’a bercé, adopté et formé ? En fait, je ne peux rien !

Photo by Seth Doyle via Iwaria images

Le football est l’un des rares domaine des temps modernes où le rang social, l’origine et la couleur de la peau ne peuvent détrôner le talent. Même les nations les plus conservatrices, en termes de sport, l’ont finalement compris. La dernière coupe d’Europe des nations, qui vient de terminer sur le sacre de l’Espagne avec sa jeune pépite Lamine Yamal, nous a servi de leçon.

Lire aussi :

J.O 2024 : les Aigles à la conquête de Paris

Sur notre continent, l’ascension des franco-africains mérite d’être célébrée. Tout comme nous manifestons notre fierté à l’égard de notre diaspora, dont la majorité constitue la main d’œuvre de l’économie occidentale, (nos artistes et diplomés viennent des Universités de la Sorbonne, d’Hawaï ou de Londres) nous devons nous réjouir pour les exploits de nos sportifs.


Double rejet


En s’imposant dans les championnats les plus envieux de la planète, leur message est clair : notre Terre est un réservoir de ressources humaines. À qui la faute si cette jeunesse si forte, si ambitieuse et si nombreuse décide de braver la mer, planer vers d’autres opportunités, pour éclore son génie souvent mal exploité et ignoré chez lui ?

Photo by AMISOM via Iwaria images

D’autre part, la gestion de nos équipes nationales n’attire pas les binationaux. Face au manque d’infrastructures, les crises récurentes dans les instances dirigeantes du football, les limogeages intempestifs d’entraîneurs et les retards des primes, plusieurs professionnels perdent le moral et abandonnent leurs sélections nationales en plein vol.

Lire aussi :

Mali-Côte d’Ivoire : les Aigles en mission revanche

Bon gré mal gré, le choix des franco-africains est à l’origine d’un double rejet. Victimes de propos xénophobes dans leurs pays d’adoption, les binationaux sont en même temps la cible des moqueries venant des internautes de leurs pays d’origine.

Kylian MBappé / Tasnim News Agency via Wikicommons

Ne sachant pas distinguer la nation française et des nationalistes français, d’autres iront jusqu’à supporter les équipes adverses. Au seul motif que la France est constituée en majorité par des joueurs d’origines malienne, sénégalaise, congolaise, algérienne, marocaine j’en passe. Sans se rendre compte que ce sont les mêmes tricolores qui initient parfois, au sommet de leur gloire, des projets de développement dans les régions natales de leurs parents.


Le Mali aux JO 2024 : Alou Badra Diallo, en attendant le baptême du feu

Récemment nommé sélectionneur national du Mali, Alou Badra Diallo Conty et les Aigles Espoirs sont en ordre de bataille pour rendez-vous le tant attendu dans la capitale française.

A 54 ans, Alou Badra Diallo mène une double mission : celle de l’équipe nationale senior et des Espoirs. Celui qui était jusqu’ici adjoint d’Éric Chelle avait succédé, le 13 juin, au franco-malien, suite au limogeage de ce dernier par la Fédération malienne de football (Femafoot).

Le parcours d’un champion

De mémoire de férus du football malien, Alou Badra a failli entrer dans la légende en 2012 avec le Djoliba Athletic Club en finale de la coupe CAF. Au bout d’une saison époustouflante, il a manqué de peu pour devenir le 2e entraîneur malien vainqueur, après Djibril Dramé, qui a réalisé cette performance en 2009 avec le Stade malien de Bamako.

Selon le site FIFA.COM, l’ancien joueur du Club Olympique de Bamako (COB) entame sa vie de sélectionneur à Lyon (France). Il revient au bercail en 2008, au bout d’un court séjour, et prend les rênes de son club de cœur, le COB, en première division malienne. Fort de cette expérience, le natif de Bamako a permis au Djoliba AC et à l’Etoile filante de Ouagadougou d’être couronnés à trois reprises, respectivement du Mali et du Faso. Le Malien compte également un trophée de la D1 du Congo-Brazzaville, avec l’AS Otoyo, ajoute FIFA.COM.


Une « remontada » pour se qualifier

Organisés tous les quatre ans, les Jeux Olympiques sont des compétitions réunissant des sportifs de divers domaines venant des cinq continents du monde. Cette année, à Paris, des Maliens y prennent part dans les tournois de l’athlétisme, la boxe, la natation et le football.



Dans le tournoi du football, le continent africain vise un 3e sacre après ceux du Nigeria en 1996 et du Cameroun en 2000. Il sera représenté par les Lions du Maroc, les Pharaons d’Égypte, le Syli national de Guinée et les Aigles Espoirs d’Alou Badra Diallo.

Les J.O de Paris marquent la deuxième participation des footballeurs maliens. En 2004, à leur première édition, les Aigles Espoirs avaient été éliminés aux quarts de finales (défaite 0-1 face à l’Italie) à Athènes (Grèce). Vingt ans après, Alou Badra et ses hommes défieront l’Israël avant de se tailler au Japon et terminer la phase de poules face au Paraguay dans la poule D. Une première étape à franchir pour accéder à la phase à élimination directe.

Lors de la dernière CAN U-23, l’équipe malienne a forcé le respect et l’admiration. Sortie en demi-finale par le Maroc, elle s’octroie son ticket pour Paris en s’imposant à la Guinée (0-0, 4-3 tirs aux buts). En plus d’une éclatante remontada, en mars 2023, lors des éliminatoires (défaite 1-3 à l’aller, 3-0 au retour) sur les Lions de la Terranga au stade du 26 mars de Bamako.


LIRE AUSSI

Mondial U-17 : le Mali sort avec honneur


Préparatifs d’une « messe »


Dans le cadre des préparatifs des J.O, l’équipe malienne s’était rassemblée, pendant plusieurs semaines, au complexe sportif Ben Oumar Sy de Kabala (Bamako). Le 7 juillet dernier, quelques heures avant leur départ pour la France, Alou Badra Diallo a publié la liste des Aigles retenus pour la « messe » olympique.



On note sur la liste l’absence de Fily Traoré (meilleur buteur du championnat congolais avec le TP Mazembe, demi-finaliste de la CAF Champions league), Kamory Doumbia (Stade Brestois, France), Mamady Diambou et Néné Dorgelès (Red Bull Salzbourg, Autriche). Problème : la plupart des grands clubs n’auraient pas voulu libérer leurs joueurs, car le tournoi n’aurait pas lieu à une date FIFA.

Cependant, le portier Lassine Diarra (Olympique Lyonnais, France), les milieux de terrain Boubacar Traoré (Wolverhampton, Angleterre) et Coli Saco (Naples, Italie) ainsi que plusieurs autres cadres sont dans le Nid. Reste à savoir si Conty et ses poulains parviendront à rendre de bons comptes à l’aune de cette compétition internationale.

Propulsé à la tête de l’équipe nationale, les J.O de Paris sont un rendez-vous historique pour le quinquagénaire dont l’équipe a terminé 3e lors de la dernière CAN U-23. Pour son baptême du feu (en match officiel) sur les bancs des Aigles Senior, Alou Badra est attendu dans le Nid pour diriger la rencontre de la 5e journée des éliminatoires du mondial 2026, prévue pour mars 2025, et celles des éliminatoires de la CAN Maroc 2025.

M. Dramé


Entreprendre au village : les premiers pas d’Adama et Samba

Confrontés au manque de formation et d’assistance, la plupart des jeunes de ma contrée (région de Kayes, au Mali) n’ayant pas l’assurance de réussir une activité économique au pays, préfèrent « partir pour devenir quelqu’un ». Cependant, quelques rares d’entre eux osent entreprendre au village. C’est le cas d’Adama Diarra et Samba Dramé qui ont ouvert un atelier de lavage de motos et véhicules.

Samba, Adama et Mahamadou devant leur atelier en juillet 2024 / image : Khaled Mohamed

Pères de famille, Samba et Adama n’ont jamais pris le chemin de la migration. En février 2023, les deux entrepreneurs ont sollicité auprès des anciens du village un terrain dans le but de mener leurs activités.
Avec un peu plus de 100 000 francs CFA, ils y installent une terrasse en pente et un hangar entouré de paille, servant de lieu d’attente pour les clients. En période de chaleur, ils arrosent l’intérieur ensablé afin de le rendre plus agréable.

LIRE AUSSI :

ENTREPRENDRE AU MALI : DÉFIS ET OPPORTUNITÉS POUR LES JEUNES

Si le village dispose d’un château d’eau depuis plus d’une vingtaine d’années, les deux entrepreneurs n’ont pas de moyen pour installer un robinet sur leur site. Au puits, ils remplissent deux barriques et des bidons de 20 litres d’eau avant de les transporter dans deux tricycles vers l’atélier.

Le tricycle / Crédit : Khaled Mohamed

« Nous voulons inspirer d’autres jeunes »

Pendant que la musique des petits baffles se mêle au vrombissement des moteurs, Samba jette l’eau sur un véhicule couvert de bulles de savon. Peu de temps après, il nettoie le véhicule avec une serviette à la main. « En menant ces activités, nous voulons inspirer d’autres jeunes du village, car nous ne pouvons pas tous partir en même temps », fait-il remarquer. L’associé d’Adama ne cache pas ses intentions pour l’aventure si de bonnes occasions venaient à se présenter.

« Chez nous, ce sont les aventuriers qui prennent presque tout en charge. Les jeunes qui restent au village doivent y prendre conscience »

M. Diarra

Derrière le hangar, des acheteurs se succèdent autour d’une table. Revenu d’Algérie depuis 2017, Mahamadou Diarra vend, entre autres, du lait en poudre, du thé et des bonbons. « Tout le monde ne peut pas faire le même métier. Il suffit que quelqu’un commence dans un domaine pour que les autres embrassent les leurs », renchérit-il.

La table de vente de Mahamadou Diarra / Crédit : Khaled Mohamed

« Chez nous, poursuit-il, ce sont les aventuriers qui prennent presque tous les besoins des familles en charge. Les jeunes qui restent au village doivent y prendre conscience. Ils peuvent satisfaire certains de leurs besoins sans l’aide de quelqu’un. »

Moto dans l’atelier de Samba et d’Adama / Crédit : Khaled Mohamed

Au village, le frais de lavage d’une moto est fixé à 500 F CFA. Ceux du tricycle et du véhicule sont respectivement 1 000 F CFA et 1 500 F CFA. De quoi susciter l’admiration des compatriotes qui viennent y passer leurs vacances. « Nous avons bénéficié des encouragements de nos compatriotes, surtout ceux qui viennent des villes et de l’extérieur du pays. Beaucoup d’entre eux constituent notre fidèle clientèle. D’autres nous soutiennent moralement en donnant de bonnes idées », reconnaît Adama, le visage satisfait.

Diversifier les activités

Qu’à cela ne tienne, le duo peine à relever des défis. Entre autres, l’insuffisance d’outils de travail reste un manque à gagner. En plus de la panne du panneau solaire et du groupe électrogène qui permet d’arroser les engins, ils puisent l’eau à la main.

Lire aussi :

Mon frère, l’ultime combat contre la mer

Ces derniers jours, la construction d’un petit mur en banco autour du hangar a ralenti les activités de l’atelier. En prévision de l’hivernage qui profile à l’horizon, Samba et Adama tâchent de dresser un mur afin d’éviter l’écoulement de l’eau, comme ce fut le cas l’année dernière sous le hangar, qui pourrait également s’écrouler sous un fort orage.

Image : Khaled Mohamed / construction d’un petit mur en banco autour du hangar

Entre mille et une difficultés, Adama et Samba se frottent les mains. Pour diversifier leurs activités, ils jonglent depuis plusieurs mois entre lavage et vente d’essence en bouteille. Le duo ambitionne aussi d’acheter des matériels pour le collage des pneus, voire d’importer des pièces détachées pour la vente. Mais faute de moyens et d’expérience, l’horizon semble encore plus lointain pour y arriver.

Khaled