Khaled Mohamed

Appels au retrait de la MINUSMA : l’ultimatum du Mouvement Yerewolo

Dans une correspondance datant du 20 juillet 2022 et adressée au Chef de la Mission Multidimensionnnelle Intégrée des Nations Unies au Mali (MINUSMA), le Mouvement Yerewolo Debout sur les remparts a demandé le retrait des forces de ladite Mission avant le 22 septembre 2022. En attendant cette date, le Mouvement dit « souverainiste » à organisé un meeting dans l’après-midi du vendredi 6 août au palais de la culture Amadou Hampaté Ba de Bamako.


Banderoles et pancartes aux mains, bonnet bleu à la tête, ils étaient des dizaines de manifestants, ce vendredi, à prendre part à « l’opération bonnet bleu contre casques bleus ». Une occasion pour les organisateurs du meeting de réclamer, pour la énième fois, le retrait de la force onusienne du Mali.
Membre du Conseil National de Transition (CNT) et leader du Mouvement Yerewolo Debout, Adama Ben Diarra est habillé en treillis bleu. Sur le podium, Ben le cerveau appelé à un rassemblement massif pour « lancer l’assaut final le 22 septembre 2022 pour libérer le pays ».


DDHP de la MINUSMA


Le 20 juillet dernier, alors que le Mouvement Yerewolo adressait un ultimatum au chef de la MINUSMA, le porte-parole de ladite Mission a été sommé le même jour de quitter le territoire malien dans un délai de 72 h. Pour cause, le français avait diffusé sur le réseau social Twitter des propos, jugés diffamatoires par les Autorités de la Transition, dans le cadre de l’affaire des 49 soldats ivoiriens détenus à Bamako.
Quelques mois auparavant, le Mali avait formulé des réserves limitant les opérations de la force de maintien de paix dans le cadre du renouvellement de son mandat. Une mésentente attisée par la demande de la mission de l’ONU d’enquêter sur des violations présumées des droits de l’homme au Mali.
En effet, selon une note trimestrielle de la Division des droits de l’homme et de la protection (DDHP) de la MINUSMA, durant la période du 1er janvier au 31 mars 2022, les Forces armées maliennes se seraient rendues coupables d’exécutions extrajudiciaires, disparitions forcées ou involontaires et représailles contre des populations civiles dans plusieurs localités du pays.
A la diffusion dudit document, le 30 mai dernier, les Autorités de la Transition ont réagi aussitôt. « Le Gouvernement de la République du Mali réfute les allégations de violation et d’atteintes aux droits de l’homme et au droit international humanitaire attribuées aux Forces de défense et de sécurité maliennes. Ces allégations sont très souvent tendancieuses, non recoupées, rapportées selon des témoignages non contradictoires, ne s’appuyant sur aucune preuve tangible », fustige Bamako dans un Mémorandum rendu public dès le lendemain 31 mai.
Pour sa part, Yerewolo Debout a exprimé son ras-le-bol en ces termes : « la MINUSMA se donne la seule mission d’enquêter parmi les morts pour savoir qui sont bons et qui sont mauvais. Or, elle n’est pas en capacité de dénicher parmi les vivants les terroristes, sous prétexte que dans la guerre asymétrique, cette tâche n’est pas réalisable », déplore-t-il dans une lettre datant du 20 juillet 2022 et adressée au chef de la Mission ».


No man’s land


Mouvement hétéroclite et politique, Yerewolo Debout sur les remparts ne cache pas son soutien à la Transition malienne. Il faut dire que depuis le coup d’Etat du 24 mai 2021, qui a porté au pouvoir le Colonel Assimi Goïta, Yerewolo a organisé de nombreuses à manifestations au Boulevard de l’indépendance de Bamako et dans plusieurs villes du Mali pour exiger une coopération militaire russo-malienne en lieu et place des forces françaises de Barkhane et celle de la MINUSMA.
Dans la perception des membres de Yerewolo, le bilan de ces forces, pourtant présentes sur le territoire malien depuis 2013, est peu flatteur. Du moment où la situation sécuritaire se dégrade au fil des ans avec la reprise des villes et villages par des groupes armés d’une part, et la recrudescence des attaques terroristes d’autre part. En effet, de 2012 à nos jours, la carte de la zone de conflit n’a de cesse s’élargit, allant du Nord incontrôlé au centre envahi.
A cela s’ajoutent les attaques-kamikazes qui visent au quotidien les Forces de défense et de sécurité maliennes jusqu’aux périphéries de Bamako, la capitale, et bien entendu l’émergence des milices d’autodéfense, faisant planer le spectre d’un conflit intercommunautaire sur ce « no man’s land » malien.
Quelques mois après le retrait officiel des troupes français et leurs partenaires européens de l’opération Takuba, Yerewolo Debout entend « chasser » la force onusienne. « La MINUSMA est devenue une force d’occupation qui ravive et entretient la peur, les clivages ethniques et la méfiance entre les communautés au Mali », fulmine-t-il dans l’ultimatum adressé au chef de ladite Mission. Lettre dans laquelle le Mouvement « souverainiste » exige « le retrait pur et simple de la Mission sur notre territoire avant le 22 septembre 2022 », date anniversaire de l’indépendance du Mali.

Khaled Mohamed


Entreprendre au Mali : Défis et opportunités pour les jeunes

Manque de financement, hésitation, déficit d’idées…la jeunesse entrepreneuse malienne a-t-elle les ressources nécessaires pour faire ses premiers pas ? Avec quels risques ? Pour quels avantages ? Nous sommes allés à la rencontre des jeunes entrepreneurs.

« Être la plus grande bibliothèque de la musique malienne ». Telle est l’ambition affichée par le jeune entrepreneur pour sa plate-forme numérique qui compte 200 abonnés. Détenteur d’un Master ll en sciences politiques, Mohamed Diarra fut l’un des trois lauréats du concours Orange Fab initié en 2019 par l’entreprise de télécommunication Orange-Mali. Passionné de musique et de numérique, le trentenaire a su, depuis, concilier ses deux amours, en donnant corps à ZikMali (Zik tronqué du mot musique et associé du Mali), plate-forme de streaming (écouter sans sauvegarder le fichier) et de vente en ligne des « musiques exclusivement maliennes », précise-t-il.

« Je suis un passionné du numérique depuis ma tendre jeunesse, se souvient-il. J’ai eu mon premier ordinateur en 2002 quand je faisais encore la 7e année. Malgré cette passion, je n’ai pas de diplôme dans le domaine du numérique. Je me suis formé à la maison, auprès de mes frères qui sont des ingénieurs en informatique et à travers des cours en ligne. ». Autodidacte en informatique, c’est à la fin de ses études universitaires en 2015 que le futur entrepreneur fait ses premières armes. « Après des stages, je me suis rendu compte que le marché du travail était saturé. Puisque l’Etat n’est pas le principal créateur d’emploi j’ai donc eu l’ambition d’initier une entreprise qui pourrait non seulement me permettre de gagner ma vie mais aussi aider à faire sortir d’autres jeunes du chômage. ».

Anéné

Âgé de 34 ans, Diadié Camara a lui mis en place l’agence de communication digitale Deema com (entraide en soninké combiné du diminutif du mot communication), spécialisée entre autres dans la création de sites Web, marques et logos. Titulaire d’une maîtrise en langue et littérature arabes, Diadié intègre le monde de l’entreprenariat en 2020 après avoir obtenu son master II en gestion d’entreprise en France. Avec un capital de départ de 8 millions de Fcfa, le jeune promoteur éprouve une satisfaction un an après. « Au début on avait à peine trois clients par mois, mais avec le temps, nous avons eu des partenariats avec des universités et des hôtels qui nous font appel lors des événements », se réjouit-il.

Réussir avec les moyens du bord, c’est également le succès de l’entreprise de vente du jus naturel Anéné (goûte-le en bamanankan) qui exporte ses produits vers le Sénégal et le Burkina Faso. « Avec les cotisations, nous avons réuni environ 50 000 F CFA pour commencer. Aujourd’hui, l’entreprise bénéficie de la même somme en une semaine de vente », constate Mme Koudiey Dembélé titulaire d’un BT2 (brevet de technicien) en comptabilité et membre fondatrice d’Anéné.

Créée en 2020 par un groupe de jeunes, Anéné a pour objectif de mettre en valeur les ressources naturelles locales par la vente des boissons (jus) à base des fruits comme le baobab, le rônier, le gingembre, le tamarin, ou le bissap (dabléni en bamanankan). « La plupart des boissons qu’on consomme au Mali sont des boissons gazeuses parfois venues de l’extérieur. Pendant ce temps, des fruits sont exploités pour être transformés à l’extérieur », se préoccupe Koudiey.

Jeunesse rurale

Initiée par une dizaine de jeunes, l’entreprise compte à ce jour cinq employés. À cet effet, « le concept de l’entreprenariat n’est pas très compris au Mali. Raison pour laquelle beaucoup de jeunes abandonnent sous la pression sociale. », explique Koudiey.

Mohamed Diarra pense que la culture de l’entreprenariat n’est pas assez développée dans la société. « Lorsqu’on commence à entreprendre, on rencontre souvent des critiques de la société, y compris la famille qui soupçonne de paresse. L’autre cause de l’échec est que certains jeunes ne sont pas patients. Ceux-ci veulent cultiver et récolter le même jour », renchérit-il.

Proposant des solutions à ces obstacles, Mohamed Diarra insiste sur le sacrifice de soi. « Beaucoup n’ont pas l’esprit de sacrifices sociales et financiers. Il s’agit du sacrifice d’investir au lieu d’acheter un téléphone luxe, de ne pas aller tout le temps au grin (lieu de causerie ndlr), en se créant un emploi du temps personnel », conseille-t-il.

Cependant, l’innovation est primordiale pour la réussite de son projet d’entreprise. « De nos jours, il ne suffit pas seulement d’entreprendre, poursuit Mohamed, mais il faut être innovateur, c’est-à-dire avoir une nouvelle idée différente de celles existantes. ».

Outre ces difficultés, le manque de financement et surtout le système éducatif constituent une impasse pour les jeunes. À ce sujet, Koudiey Dembélé propose l’insertion des filières de l’entreprenariat dans les programmes scolaires afin de mieux préparer les plus jeunes. « La jeunesse malienne ne se limite pas seulement aux jeunes des grandes villes. Malgré les potentialités qui existent en milieu rural, beaucoup de jeunes n’arrivent pas à entreprendre à cause du manque de visibilité, d’information et de formation. », ajoute-t-elle.

Classé dans le top 20 des pays producteurs d’or dans le monde, le Mali est grand producteur du coton dans la sous-région. Le pays est aussi une référence dans l’exportation du bovin en Afrique de l’ouest. Malgré ces avantages, le monde rural est en proie au manque d’infrastructures (routes, centre de formation professionnelle, connexion internet etc.) et tout récemment à l’insécurité grandissante qui sévit depuis quelques années. N’est-ce pas le paradoxe que présente ce Mali profond où de nombreux jeunes abandonnent leurs familles pour migrer vers les villes puis l’Occident en quête d’une vie meilleure ?

Khaled Mohamed


Sommet de Montpellier : Jeunesse africaine ou jeunes de Macron ?

C’est une première depuis 1973, en tout cas, aucun chef d’État africain n’y a participé. Organisé pour la première fois sous l’ère Macron, le sommet Afrique-France a enregistré la présence de milliers de jeunes africains et de la diaspora. Entrepreneurs, intellectuels, artistes, sportifs ou influenceurs sur les réseaux sociaux, ils auraient été 700 jeunes venus du continent pour prendre part à ce « nouveau sommet Afrique-France » vendredi 8 octobre à Montpellier. À l’ordre du jour, des discussions avec le président français Emmanuel Macron autour des rapports entre la France et les pays africains.

Crédit : Pixabay

Si le débat semble franc et direct avec l’hôte français, Emmanuel Macron, nombreux sont ceux qui soupçonnent jusqu’ici « l’instrumentalisation » de la rencontre sur le continent africain. En effet, à peine quelques heures de l’ouverture officielle du sommet au sud de l’Hexagone, des commentaires fusent quant à la clarté du choix des participants de la rencontre, notamment les jeunes venus du continent. Parmi les réactions officielles, figure celle du Conseil National de la Jeunesse du Mali (CNJ). « Le Conseil National de la Jeunesse du Mali exprime son étonnement après avoir appris la présence de jeunes au nom du Mali à cette rencontre », lit-on dans un communiqué rendu public le même jour par ladite institution.
« Le Conseil National de la Jeunesse, poursuit ledit document, se démarque carrément de la présence de ces jeunes au compte du Mali en France tout en soulignant qu’ils sont sur le sol français à leur propre compte et non celui de la jeunesse malienne. » Il décrie au passage la politique française de « diviser pour mieux régner ».

« S’il y a lieu d’inviter le Mali à prendre part à une quelconque rencontre, conclut-il, la procédure normale est connue de tous et l’Etat malien doit être l’interface entre la France et ses fils qui doivent aller valablement et dignement le représenter. L’avenir de l’Afrique se décidera par les Africains eux-mêmes et non des identités triées comme dans ses (la France) vieilles habitudes afin de maintenir le Continent sous sa domination. ».

Outre le ras-le-bol du CNJ-Mali, c’est le député français Sébastien Nadot qui dénonce « une mise en scène orchestrée par l’Élysée ». « Où est la jeunesse africaine qui combat pour la liberté et la démocratie ? Où sont les représentants des diasporas soucieux de démocratie pour leur pays d’origine en détresse ? », s’interroge-t-il dans un communiqué de presse daté du même jour (vendredi 8 octobre 2021). « Ceux qui ont à cœur la démocratie de leur pays et attendent de la France une aide sincère en la matière n’ont pas été invités par Emmanuel Macron, car trop bruyants et pas assez dociles pour lui », fustige le député français.

Face à ces réactions fracassantes, des questions se posent : s’agit-il d’un tri de Paris ou ces jeunes sont-ils vraiment les porte-paroles de la jeunesse de leurs pays respectifs ? Sur quels critères ont-ils été sélectionnés ? Seraient-ils majoritaires s’il y avait un sondage ? Etc.

Quoiqu’il en soit, ce sommet nourrit les conversations au Sahel en cette période de tension diplomatique entre Paris et ses partenaires africains (Mali et Algérie), surtout dans un contexte de rapport de force mettant aux prises partisans de l’intervention russe et ceux qui s’y opposent.

Khaled Mohamed


Valeurs sociétales : La kola, un fruit pas comme les autres

De goût amer et de forme généralement gélulaire, la noix de kola (le mot s’écrit aussi : cola) est issue du colatier, une plante qui pousse dans les forêts tropicales de la Guinée et de la Côte d’Ivoire. Le panier de kola passe d’abord, emballé dans des feuilles humidifiées de ladite plante puis dans des sacs pendant une semaine au maximum, par la frontière avant d’atterrir dans la capitale malienne. Consommé dans les cérémonies sociales (mariage, baptême, décès etc.), le fruit est vendu par des revendeurs grossistes dans les marchés de Bamako.


Crédit photo : Deposit photo

Alors qu’un soleil de plomb répand ses rayons sur le marché, Mamady Keita défait un panier de kola. « Woro bey ! Woro bey ! (Du kola ! Du kola !)», interpelle-t-il.

« Quand je venais ici pour la première fois, il y a quelques décennies de cela, il n’y avait que des revendeurs de kola. Mais depuis quelques années, l’accès est devenu de plus en plus difficile, car d’autres commerçants s’y sont installés. C’est pourquoi nous mettons des jeunes juste à l’entrée de la cour afin qu’ils aident nos clients à reconnaître nos places », constate le sexagénaire à l’ombre d’un hangar installé en face des kiosques à fripes.

Facteur de cohésion

Consommée depuis des siècles en Afrique de l’Ouest, la kola a diverses fonctions dans la société mandingue. « Le fruit est souvent consommé comme un stimulant ou tout simplement pour le plaisir de mâcher pour les amateurs », explique Mamadou Ben Chérif Diabaté, communicateur traditionnel et journaliste à la retraite.



Facteur de paix et de cohésion sociales, la kola a une représentation particulière dans les relations humaines. « Offrir la kola à quelqu’un veut dire se débarrasser de tout sentiment de haine et de jalousie envers lui. C’est pourquoi la kola demeure au centre de toutes les décisions importantes. », interprète Mamadou Doumbia, thérapeute et Secrétaire à l’organisation du Mouvement N’ko au Mali. Aujourd’hui enseignant en N’ko, M. Doumbia avait vendu le fruit sacré pendant dix années au cours desquelles il avait régulièrement voyagé entre la Côte d’Ivoire et le Mali.

« Pour avoir la terre ou doter une femme, la personne doit d’abord offrir les dix noix de kola avant de faire quoi que ce soit. Lorsqu’il y a conflit entre deux individus, le plus jeune s’acquitte du même fruit pour la réconciliation. Bref, les dix noix de kola sont indispensables dans les relations sociales. Qu’elles soient les mariages, les cérémonies de baptêmes ou les décès », ajoute Ben Chérif Diabaté.

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Utilisée dans les rituels, la kola constitue une matière première de l’industrie agro-alimentaire. Elle a aussi des vertus sur le plan médicinal. « La noix de kola est un remède efficace pour des maladies. Elle peut guerrir la faiblesse sexuelle chez l’homme et chasser la mauvaise odeur de la bouche », témoigne le thérapeute.

Avec sa capacité à assouvir la faim et la fatigue, la consommation du fruit peut causer une mauvaise haleine et colorer la dentition. Face à ces conséquences, Abdoul Wahab Diakité pointe du doigt la consommation abusive du fruit. « La kola est une tonique cardiaque, déclare-t-il. Consommer une ou deux noix de kola par jour peut guerrir des maladies. Cependant, tout produit consommé abusivement peut avoir des effets sur la santé. La kola n’en fait pas d’exception ». Vice-président de l’Association des Consommateurs du Mali (ASCOMA), M. Diakité mâche quelques noix de kola par jour.

Résilience

Malgré la place qu’elle occupe dans les relations sociales, la kola n’est pas officiellement recommandée par les religions musulmane et chrétienne dont les adeptes constituent la grande majorité des populations. Encore moins, par l’Administration publique très influencée par le système de l’ex Colonisateur français. « Certes, les arabes, à travers l’islam, et les occidentaux, à travers la colonisation, ont eu des impacts sur notre culture, mais il faut reconnaître que la plupart de nos valeurs ne vont pas à l’encontre des leurs. Raison pour laquelle la kola a toujours gardé sa valeur, car elle a toujours symbolisé les valeurs morales », constate le thérapeute Mamadou Doumbia.

Parlant du rôle symbolique de la kola, le prêcheur Abdoul Karim Haidara souligne la consommation du fruit sur les lieux de culte musulmans. « Ni le coran ni les hadith n’ont fait mention du fruit. Mais tout support qui renforce la cohésion et la fraternité entre les hommes est encouragé en islam. Tant que celui-ci ne nuit pas à la santé », explique le prêcheur.
« La kola est utilisée dans les mosquées et sur d’autres lieux de bénédiction, poursuit-il. Lors de l’officialisation des mariages et des baptêmes, elle est souvent melangée avec la date pour être partagée aux fidèles à la fin de la prière ».

Revalorisation


Trait d’union entre les groupes ethniques et les communautés religieuses (animistes, chrétiens et musulmans), le fruit emblématique n’est pas à ce jour inscrit au patrimoine de l’UNESCO. A ce sujet, le traditionaliste Ben Chérif Diabaté suggère une étude sociologique. « Il est nécessaire que l’UNESCO engage une étude sociologique du fruit. Cela permettra aux chercheurs de voir toutes ses dimensions dans les relations sociales », propose-t-il.
Quant au thérapeute, il met l’accent sur la valorisation du produit sur le marché. « Il faut organiser le commerce de la kola, ne serait-ce qu’en accordant une valeur marchande. C’est un fruit purement local. Et si nous ne le donnons pas une certaine valeur chez nous, difficile d’espérer le soutien des autres. », conclut-il.

Importé de Conakry ou d’Abidjan, le panier de kola rapporte jusqu’à 50 000 F CFA au revendeur malien. Ce bénéfice remonte à 60 000 F CFA entre octobre et janvier où le fruit devient moins abondant sur le marché. Une saison propice pour le sexagénaire Keita qui gagne parfois 100. 000 F CFA de la vente en une semaine.

Khaled Mohamed


In Memoria : Ma femme a été une chance pour moi

19 juin 1979 – 19 juin 1986, un couple Gémeaux, une histoire de complicité et de tendresse, entre 2006 et 2018. A. Coulibaly, professeur d’histoire au lycée; nous fait l’éloge de sa femme, décédée à la suite d’un accouchement par césarienne. A l’occasion de ce troisième anniversaire qu’il passe sans elle, ce 19 juin 2021, il s’est confié à un de ses anciens élèves qui lui a rendu visite.

Nous nous sommes rencontrés au chantier de mon oncle à Kalaban Coura en 2006. En ce temps, je préparais mon mémoire de fin d’études universitaires. Elle y allait pour vendre des jus de gingembre à la sauvette. Elle avait déjà décroché un BT (Brevet de Technicien) en secrétariat. Sa timidité et son sens du respect m’ont très vite impressionné. C’est alors que j’ai commencé à lui faire la cour. Voilà notre destin scellé. 

Moi, bonhomme de Diamou (Kayes) venu à Bamako pour des études supérieures et qui voudrais si vite retourner chez lui après le cursus universitaire et elle, Moyerè Barry, une « poulho Dèbô », venue d’Ansongo mais originaire de Macina (Ségou) m’a envoûté par son charme intérieur. Moi, 19 juin 1979 et elle 19 juin 1986, un couple Gémeaux. Notre histoire s’est forgée sur la complicité et entretenue par la tendresse. Mais aussitôt fugace Ma femme a été une chance pour moi. Paix à ton âme mon Trésor. Tu as perdu ta vie, voulant accueillir notre petite Biba. « Musso Kèlè » !

Je n’oublierai jamais. On est sorti ensemble jusqu’à trois ans étant des amis. Quand un mec a commencé à la côtoyer, pour le mariage, je m’y suis opposé. Alors, nous nous sommes brouillés pendant un an. Une de ses cousines insistait que je retourne à elle vainement. Le jour où celle-là m’a fait savoir qu’à chaque fois que quelqu’un des siens demandait de mes nouvelles à Moyerè, que la pauvre ne pouvait retenir ses larmes. Elle m’aimait sincèrement. 

Cette nouvelle m’a glacé. Ma conscience ne pouvait que me pousser à repartir vers elle. Pendant tout ce temps, je vivais au crochet de mon oncle et bricolais des petites affaires. Finalement, j’ai décidé d’enseigner l’histoire aux lycées privés. Pendant ce temps, je lui ai proposé de postuler au concours d’entrée à l’IUG (Institut Universitaire de Gestion). Ça a marché. Elle en est sortie avec un DUT. 

Elle a beaucoup contribué au mariage

Un jour, en 2012, elle m’a rendu visite. Elle était décidée. «Plus d’amourette avec un homme, tu fais du sérieux ou l’on se dit adieu », m’a-t-elle martelé. Décidément, j’ai juré sur le Coran que je l’épouserai. Je voulais être financièrement stable. Quelques mois après, je l’ai dotée, en novembre de la même année. Nous nous sommes mariés le 31 mars 2013. Elle avait eu un boulot à quelques mois de notre mariage. Un job à la direction commerciale de l’Aéroport International Modibo KÉÏTA de Bamako. Elle a beaucoup contribué au mariage, en habits, en boissons rafraîchissantes, …

Après la chambre nuptiale, nous avons habité chez mon oncle à la demande de ce dernier. On avait un objectif, trouver notre propre toit. Par l’intermédiaire d’un collègue de ma femme, nous avons acheté une parcelle. Mon Trésor me remettait la rente de ses tontines et prélevait sur son salaire pour accélérer la construction.

Chose faite et nous avons déménagé pour vivre une vie idyllique sous notre toit. S’il fallait tout dire, je n’en finirais pas. Chaque année nous partions passer la tabaski auprès de mes parents à Kayes. Il fut un an où ma situation financière ne me permettait pas cette visite. À deux jours de la fête, elle m’a surpris avec deux billets de voyage et des présents pour mes parents. 

  On partageait tout. Après la naissance de notre gosse, nos conditions de vie se sont vite améliorées. En 2018, nous avons acheté une voiture. Le drame s’en est vite suivi. Malheureusement qu’elle n’ait jamais passé une seconde dans son habitacle. 

Nos autres projets sont avortés. Tout était si bien planifié, j’allais partir au Sénégal pour préparer mon master. Et entre temps, elle allait faire sa licence. Hélas trop beau pour être vrai. Le vrai relevant du Tout Puissant, nous humbles créatures ne faisons que proposer.

Tout n’est pas rose

  Il y a eu des moments tendus entre nous. Nous n’avons jamais expliqué nos problèmes conjugaux à un ami ni aux parents.

Nous avons su instaurer le dialogue. Elle avait toujours le sourire quel que soit le problème. Dans un couple, il faut toujours se dire la vérité mais de façon douce. Tout n’est pas rose. Ayez cet esprit quand vous-vous marierez.

Depuis que nous nous sommes connus jusqu’à son décès, elle ne m’a jamais demandé un rond. Quand l’argent rentre par la porte, l’amour sort par la fenêtre. Mais j’ai compris que les gestes comptent souvent plus que les mots. Je lui apportais très souvent des cadeaux alors que sa situation économique était meilleure à la mienne. 

À chaque fois, elle me taquinait en ces termes : « Il ne fallait pas tout ça, mon Prince, les enseignants maliens sont pauvres. Consacrons-nous à la construction de notre toit ».

Honte à la vie

La conception d’un deuxième enfant lui a été fatale. Pourtant elle n’a eu aucun problème au début de la grossesse et se faisait suivre régulièrement par un gynécologue. Dans la nuit du vendredi 9 novembre 2018, elle s’est soudainement plainte des maux de ventre. Elle a pris des médicaments. Le malaise est passé. Le lendemain, samedi matin, alors qu’on s’apprêtait à aller à l’hôpital, elle a convulsé. Je l’ai urgemment amenée au Centre de Santé de Référence de la Commune VI de Bamako.

Une complication constatée, elle a été transférée à l’Hôpital Gabriel Touré. C’était une grossesse de sept mois. Les médecins l’ont fait accoucher par césarienne. Avec succès : notre petite fille est là, l’homonyme de ma maman, Biba, comme sa mère avait souhaité. Une joie éclair. Aussitôt, d’autres problèmes se sont enchaînés : anémie, problèmes respiratoires aigus, réanimation, insuffisance rénale. Les ordonnances et analysent se suivent. Illico presto je paie, plus sa santé se dégrade.

C’était de trop pour mon Trésor. Elle n’a même pas eu la force de sourire à notre petit ange, ne serait-ce qu’une seule fois du coin des lèvres. Mardi 13 novembre 2018, elle n’en pouvait plus… Honte à la vie. Gloire à Dieu.

J’ai perdu le fil

  L’enfant trop fragile. Elle a passé plus d’un mois dans la couveuse. Ma vie n’aurait plus de sens si ce n’était pas ces deux enfants. Je ne me retrouvais plus en classe. Je perdais le fil des leçons quand j’expliquais. Sa silhouette venait toujours s’interférer. La seule chose qui me faisait du bien, c’était de humer ses habits comme un opium. Cela plusieurs fois dans la journée, je la sentais. Manger ? Non. Seulement que pour me tenir sur les pieds. Ça va mieux maintenant, j’ai eu le soutien de tout mon entourage. Je n’ai pas envie de me remarier. J’ai un devoir, m’occuper des enfants. Cela fait trois ans que je fête tristement notre anniversaire. Moyerè, mon Trésor, tu serais bien aujourd’hui (19 juin 2021) à mes côtés. La maison est trop grande pour les enfants et moi.

Makan Fofana


Bamako, la ville à double facette

L’opulence et la misère, la propreté et l’insalubrité, le courage et la paresse … Même « le paradis et l’enfer » se côtoient, sympathisent au quotidien dans Bamako, la capitale malienne.

Crédit photo : Khaled Mohamed

Chatoyante, Bamako by night, c’est New York City ! La nuit, mes yeux sur ses lumières colorées et somptueux châteaux. Et le jour, le favela. La ville des véhicules luxes imposantes est aussi le cimetière des « aurevoir ». Ses boulevards et statuts captivants contrastent avec ses rues étroites et boueuses où des essaims de mouches et moustiques se disputent sur la table de la gargotière. Et sa pléthore d’agents qui peuplent les carrefours le firmament des véhicules et motos. Des klaxons étourdissants alertant la vendeuse assise sur la route.

Hypocrisie

Bamako, ville des hommes qui se battent contre la vie, comme la vieille marchande qui emprunte matinale le sotrama (moyen de transport en commun le plus populaire). La capitale malienne est aussi le nid des gangsta, ces ados qui traquent les conducteurs de Djakarta, dans la noirceur de l’aube.

Bamako, des obscurités et des aurores. Après la nuit des satans, c’est la journée des Dieux. Des mosquées et des églises pleines à craquer. Des bars et des maisons qui cohabitent et sympathisent. Des prostituées qui nourrissent des familles, comme le dit l’autre.
Mais l’hypocrisie bamakoise ne se précise qu’à la veille de la fête. Pleurer à chaudes larmes le laylatoul qadr et faire du haram halal (vendre le faux à la place du bon produit) le lendemain matin. Bamako des semaines hybrides. Des dimanches peaufinés des robes blanches en attendant les jeudis noirs.

Inégalités

Bamako des gros ventres et des ventres creux. Le paradis des uns survit de l’enfer des autres. Des propriétaires des hectares et des hectares de terrain, ces hommes cravatés, habillés parfois de boubous chers, et des déshérités qui vivent sur des immondices, dans les tréfonds de la pauvreté.

Bamako des palais pacifiques, c’est aussi la mer des tôles où les misérables et les indésirables, pardon, les infortunés trouvent refuge. Ici, le tonnerre gronde l’apocalypse des familles qui doivent leur linceul dans l’abîme des ruisseaux.

La capitale des trois collines est aussi celle de « l’apartheid » à la malienne. Les sifflements des balles de la colline du savoir de pair avec l’ambiance des « écoles des fils de riche ». Bamako des désespérés et des « passe-droits », la cité des trois caïmans est aussi celle des misérables fonctionnaires et des fonctionnaires millionnaires.


Khaled Mohamed


Discrimination : Toute femme est femme, même celle en situation de handicap

Vivre dans une situation de handicap est difficile. Mais être une femme et vivre dans une situation de handicap est encore pire ! Au Mali, à cause des préjugés sociaux, nombreuses sont ces femmes, privées d’emploi et de mariage, qui n’ont d’autres moyens de survie que la mendicité. Mais d’où viennent ces tares, ces préjugés, et que faire pour les remédier ?

Devant les lieux de cultes et de loisirs, dans les rues et les marchés, devant les concessions et les établissements publics et privés (banques, écoles, centres de santé), sous le soleil et le froid insupportables, elle est ici, elle est là-bas, partout à la fois. Tout en chantant la « grandeur infinie » de Dieu, la « vieillotte » agite la paume, fermée sur les piécettes interposées de 25 et 50 F CFA pour attirer les regards passifs : « Fissabili lahi ! A y a di Ala ma ! (Pour la Grâce d’Allah, accordez l’aumône à la nécessiteuse !) », entonne-t-elle.

Causes

Si certaines d’entre elles arrivent à franchir les émailles du filet, en menant une vie normale, il faut dire que beaucoup d’autres n’ont droit à leurs pitances qu’en improvisant des litanies aux feux tricolores. Nombreuses sont ces femmes qui sont à la marge de la société, privées de formation, d’emploi et de mariage, voire même divorcées après une première grossesse. La cause ? Leur incapacité à effectuer certaines tâches physiques, un environnement défavorable pour étudier ou exercer un métier et surtout, des mythes socioculturels entretenus autour de leur apparence physique.

Préjugés

« Une femme sourde n’est pas intelligente, parce qu’elle ne communique pas de façon traditionnelle’, ‘avoir des rapports sexuels avec une femme handicapée intellectuelle rend riche’, entre autres, constituent des préjugés défavorables entretenus à l’encontre des femmes en situation de handicap », illustre Madame Rokiatou Diakité, présidente de l’Association pour le Renforcement des Capacités des Personnes Handicapées (ARCAPH) et spécialiste des questions du genre. « On observe également, poursuit notre interlocutrice, des restrictions de rôles ou de positions, fondées sur la superstition, selon lesquelles la femme en situation de handicap ne peut pas fonder ou prendre en charge une famille, voire même gérer un patrimoine. Les femmes victimes de ces discriminations représentent une large majorité. Et les plus pauvres n’ont pas accès aux services sociaux de base. Un nombre important d’entre elles, n’ayant reçu ni éducation, ni soutien nécessaire,  qui leur permettrait de mener une vie décente, restent confinées dans leurs maisons, s’adonnent à la mendicité ou parfois même à la prostitution. »

« 90 % des femmes en situation de handicap ne sont pas scolarisées »

Parmi les conséquences de leur discrimination figure l’analphabétisme, qui constitue un véritable obstacle. « A cause des caricatures sociales sur leur capacité et surtout du manque d’un environnement propice pour suivre les cours, plus de 90 % des femmes en situation de handicap ne sont pas scolarisées au Mali. Et il est indéniable que seules quelques unes parmi celles qui sont allées à l’école, qui représentent une infime pourcentage, ont accès aux postes électifs et nominatifs. A ce titre, on ne compte que 2 ou 3 conseillères municipales sur toute l’étendue du territoire national », s’indigne Mme Diakité.

Inclusion

Face à ces défis, il revient aux autorités politiques de prendre des initiatives innovatrices. Il s’agit, entre autres, d’emboîter le pas à d’autres nations modernes, en accordant des primes spéciales aux couples dont la femme est en situation de handicap, fixer un quota pour celles diplômées lors du concours d’entrée dans la Fonction publique, mieux, occuper des postes nominatifs (ministres, directrices..), redynamiser la formation professionnelle et bien entendu, l’entrepreneuriat des femmes en situation de handicap, avec des entreprises qui leur permettront de s’offrir une certaine autonomie et se rendre éventuellement plus utiles à la société.

Partant de là, nous parviendrons à éclore les potentialités qui sommeillent en ces femmes. Et en convenir, enfin, que libérées du joug des apparences physiques et des superstitions occultes, toute femme est femme, la femme en situation de handicap aussi. 

Khaled Mohamed


Exploitation humaine au Mali : Le « petit enfer » des aide-ménagères

Dans les rues de Bamako, on se croise régulièrement avec ces jeunes filles en t-shirt, les unes, matinale, panier sur la tête en provenance du marché, et les autres qui agitent, sous les rayons du midi accablant, les sachets d’eau aux abords des artères. Qui sont ces aide-ménagères ? Dans quelles conditions travaillent-elles ?

Crédit photo : Maliweb

L’aurore matinale lève paisiblement le voile noir de l’aube. Dans la clameur du jour naissant, un bruit sec attire l’attention du visiteur vers un nuage de poussière. Accroupie sur la terrasse, un nourrisson au dos, une jeune mère se sert de son balai pour ramasser les débris d’ordures entassés au sol, les regrouper et les jeter dans une poubelle installée juste à côté du portail. Après avoir balayé la cour et ses alentours, Tenin termine ainsi sa première tâche quotidienne, donnant le ton d’une longue et épuisante journée.

Tâches

« Originaires des villages parfois très éloignés de Bamako, les aide-ménagères sont ces filles migrantes qui sont devenues presque des co-épouses dans nos foyers, constate le sociologue Docteur Bréma Ely Dicko. En quête d’une vie meilleure ou tout simplement dans le but de constituer leur trousseau de mariage (ustensiles nécessaires pour leurs futurs ménages), elles travaillent en moyenne 12 à 14 h par jour pour un salaire estimé à environ 400 FCFA par jour ». Balayer la cour de la concession, acheter les condiments au marché, faire la cuisine, la vaisselle et la lessive, assister les étrangers, les personnes âgées et malades..la journée de l’aide-ménagère déborde de diverses tâches qu’elle doit accomplir du matin de bonheur jusque tard dans la nuit.

Plus vulnérables

Porte-parole de l’Association de défense de droits des Aide-ménagères et Domestiques (ADDAD), qui réunit près de 1 000 membres à ce jour, Aïchata Koné présente la particularité de jongler entre ses études universitaires (licence en lettres) et l’aide-ménage. « J’ai commencé ce travail quand j’avais 15 ans, se souvient-elle. A l’époque, je profitais des vacances scolaires pour venir faire fortune en ville. Face à mon jeune âge, certains patrons ne payaient pas la totalité de mon salaire. Et mon corps n’étant pas adapté, il m’était difficile de supporter certains travaux réservés aux adultes ».

Si les employeurs les logent et nourrissent souvent à leurs frais, il faut dire en revanche que les aide-ménagères figurent parmi les couches socio-professionnelles les plus vulnérables au Mali. Loin des bénéficiaires du SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) malien, estimé à 40 000 FCFA, elles ne perçoivent leurs maigres salaires (7 000 à 25 000 FCFA) qu’au terme d’un mois de travail sans la moindre journée de repos. En plus de cela, « les aide-ménagères font souvent face à des brimades et des insultes, ajoute le sociologue Dicko. D’autres sont même victimes d’abus sexuels tantôt de la part de certains patrons, tantôt de la part des jeunes du quartier qui profitent de leur misère pour en faire des objets.». 

Face à ces difficultés, « notre association lutte depuis plusieurs années pour la ratification, par l’État malien, de la convention internationale du travail (qui prévoit une égalité de traitement avec les travailleurs d’autres domaines), explique la porte-parole. L’ADDAD intervient également dans des cas de violences physiques et de non paiement de salaire dont certaines de ses membres sont souvent victimes. Enfin, lors de la signature du contrat de travail elle recommande aux nouvelles recrues de ne pas accepter certains travaux insupportables ou de dormir dans des endroits précaires comme sur la route ou sous les escaliers ».

« Arrangement verbal » 

Ces mesures de l’ADDAD ont du mal à passer dans le milieu, car « la plupart d’entre elles se font recruter sur le tas, s’indigne un fonctionnaire à la retraite. Celles-ci ont moins de chance d’obtenir gain de cause en cas de litige, car aucun contrat ne les lie à leurs patrons. Juste un arrangement verbal sans durée déterminée ». 

Qu’à cela ne tienne, le séjour en ville s’avère profitable pour la plupart. « Non seulement elles parviennent à satisfaire leurs besoins, acheter leur trousseau et aider leurs parents au village, mais aussi et surtout découvrent voire même s’adaptent à d’autres réalités qui sont très importants dans leur socialisation », souligne le sociologue Bréma Ely Dicko.

Les déplacées

Estimée à plusieurs dizaines de milliers de personnes à Bamako, la population des aide-ménagères ne cesse de s’accroître dans la capitale ces dernières années. Surtout avec la crise sécuritaire qui fait rage au centre du pays depuis 2018 où des villages sont attaqués et des écoles fermées.

Nombreuses sont celles qui prennent le chemin des villes. Pour gagner leur vie, les jeunes femmes et filles, qui constituent la grande majorité des déplacés, embrassent souvent le métier d’aide-ménagère.

Khaled Mohamed