Khaled Mohamed

Ecole coranique en milieu Soninké : un patrimoine vivant malgré des mutations

Crédit photo : Mali en marche

Des étudiants, en fin de formation, recevant les bénédictions du maître coranique

En conciliant Islam et culture, notre communauté a confié l’éducation des enfants aux religieux. A l’ère de la modernité, les écoles coraniques sont-elles devenues des parents pauvres ?

A l’âge de sept ans, les enfants étaient, autrefois, envoyés dans des villages lointains. Auprès d’un marabout réputé pour sa maîtrise de connaissances religieuses et ses qualités humaines, ils ne revenaient au bercail qu’après des années de séjour avant d’intégrer définitivement le monde des adultes et partir à l’aventure.

Modernité


Loin des grandes villes, les talibés (élèves de l’école coranique) préparent leur future vie d’adulte dans la brousse. Sous la responsabilité des élèves plus âgés, les plus jeunes passent le plus clair de leur temps à réciter des sourates dans la cour du maître et à effectuer des travaux domestiques et champêtres.

Depuis plusieurs décennies, les écoles modernes ont tendance à prendre la relève. En effet, face à la diversité des disciplines, la plupart des parents préfèrent envoyer leurs enfants dans des écoles classiques où les élèves étudient à la fois la religion, les sciences et les métiers.

Hors des quatre murs, les écoliers ne sont pas en contact direct avec la nature

Crédit photo : istockphotos

LIRE AUSSI : La Kola, un fruit pas comme les autres


L’Islam étant au centre de l’éducation en milieu Soninké, les effectifs des medersa dépassent largement ceux des écoles gouvernementales. Cependant, les écoliers suivent leur formation religieuse à la mosquée, auprès d’un marabout ou d’un membre de la famille.


La place de la culture locale


Proposant une éducation moins contraignante, l’enseignement moderne met l’accent sur les compétences individuelles des apprenants. Mais au-delà des quatre murs des salles de classe, les élèves n’ont pas l’occasion de vivre les réalités de la vraie vie.

Crédit photo : istockphotos

LIRE AUSSI : l’Association des Jeunes de Diafounou célèbre ses 10 ans


Si l’enseignement moderne « donne des diplômes », c’est à l’école coranique « qu’on se forme » pour vivre avec les siens. En effet, la culture locale occupe une place importante. Vivant dans la même cour tout au long de leur initiation, les élèves apprennent l’entraide, la cohésion et la solidarité dans une hiérarchie bien organisée autour du maître. Mieux, les cours se déroulent en #Soninké.


Crédit : istockphotos

L’exode rural des jeunes est un phénomène persistant en milieu Soninké


En ligne de mire des mutations, les écoles coraniques font face au phénomène de la migration massive des jeunes. Au bout de quelques années d’études, de nombreux élèves prennent le chemin de l’aventure. Conséquence : manque de maîtres dans les écoles coraniques.

Naguère fréquentées par des écoliers, qui jonglent entre ancienneté et modernité, les écoles coraniques n’accueillent aujourd’hui que quelques dizaines de talibés. Pépinières des figures de notre riche histoire, comme le résistant Mamadou Lamine Dramé, elles sont des patrimoines vivants qui véhiculent nos valeurs sociétales, comme le savoir-être, le respect de l’autre et l’amour du travail.

Khaled


Ma vie de Mondoblogueur : de l’ombre à la lumière

Crédit : Khaled Mohamed

Étudiant en journalisme, j’étais à la fois curieux et impatient de découvrir le monde des rédacteurs. Comme un enfant qui apprend à marcher, j’ai acquis mes premiers rudiments à l’école de mon Père.


Au cours de ses séances de correction, ponctuées d’humour et de taquinages, Le Vieux avait cet incroyable singularité de se substituer à l’autre. A cœur ouvert, Bina Aly savait lire et relire les douleurs de la personne en face, avant que celle-ci n’eut le temps d’ouvrir la bouche.


Couvert de la tendresse du Père spirituel, le rêve d’embrasser le métier hantait mon esprit. Même si mon entourage me voulait un autre destin : partir à l’aventure pour faire fortune ou rentrer au marché pour devenir QUELQU’UN aussitôt. Comme c’est le cas pour beaucoup d’autres frères et amis d’enfance.


Le désintérêt pour l’école et le rêve pour l’écriture


Très tôt, je me rends à l’évidence. Cette profession qui consiste à transformer les maux en mots pour ensuite les faire coucher sur une feuille exige des sacrifices énormissimes. Cependant, celles-ci n’auraient pas de sens lorsqu’on n’a pas les moyens d’atteindre ses ambitions.


Les mois qui suivent marquent, hélas, une période de séparation inattendue avec Le Vieux. A cause du retard des bourses d’études, je dois me débrouiller seul pendant le week-end et la nuit pour joindre les deux bouts.

Crédit : Khaled Mohamed

Un pied à l’école, l’autre ailleurs…Le diplôme en poche contre vents et marées


Dans l’impasse de faire l’école buissonnière pour gagner ma vie, mon intérêt pour les études s’éteint à petit feu. Malgré la distance, il m’appelait au téléphone pour prendre de mes nouvelles et remonter le moral.


Entre le désintérêt pour les études et le rêve pour l’écriture, j’intègre la plate-forme Mondoblog pour trouver un chemin. Mon premier billet est inspiré des femmes en situation de handicap que je vois tous les jours au marché et dont le quotidien me préoccupe personnellement.


La famille Mondoblog


Très apprécié par les lecteurs, au premier rang des quels figurent des proches, cette première œuvre devient une source de motivation. Les encouragements et surtout les corrections de l’équipe de Mondoblog ont boosté mon self-esteem pour construire le self-made-man.


« Nous vous félicitons pour votre article, écrit-elle. Expliquez tel mot à vos lecteurs. Votre phrase est correcte, mais l’autre n’est pas mal non plus… ». Dans ces critiques constructives, je trouve du plaisir dans un exercice qui m’aide à explorer mes potentialités.


Dans la famille Mondoblog, l’écriture est une passion que je savoure partout et n’importe quand. Un stylo, une feuille et un téléphone suffisent pour partager un souvenir, rapporter un fait ou commenter l’actualité.


De l’ombre à la lumière, je n’oublierai pas que je suis l’enfant spirituel du Baron. Ce père à qui j’ai promis un jour d’écrire « un livre sur lequel je marquerai, en lettres capitales, « BINA ALY M’A DIT… ».

Khaled


In memoria : toutes les mères s’appellent « Hawa »

Du ciel parsemé d’étoiles scintillantes, la clarté de la lune dissimule à peine le voile blanc qui enveloppe une femme. Admirative, Mahawa ne veut rien laisser perdre du premier test sur son enfant en difficulté scolaire.


« Comment tu t’appelles ? Tu es en quelle classe ? Cite les 26 lettres de l’alphabet… » Des questions orales qui ne tardent pas à révéler le retard indiscutable de l’enfant. Des craies, une ardoise, un cahier et des crayons sont nécessaires pour repartir de zéro. Sans oublier de mentionner Mamadou et Bineta, manuel qui, selon le fervent adepte du syllabisme que je suis, semble être un remède efficace.

Au fil des jours, l’élève qui butait sur les six voyelles parvient enfin à identifier des mots et des phrases. De quoi raviver de plus belle la flamme qui a jailli entre moi et ses parents. Impatiente, Mahawa m’appelle toujours à 18h30 pour confirmer que je viendrai, comme prévu, à 19h afin de donner des cours à son fils.

Photo d’illustration : Iwaria Images

Un partage au-delà des leçons

Cette heure, coïncidant avec celle du repas du soir, l’infirmière qui prépare du poisson, de la viande et parfois du poulet, n’oublie jamais de me réserver une portion que je déguste en compagnie de mon élève à la fin de notre exercice. Parfois, elle s’arrange pour que je puisse savourer le plat seul en emportant une tasse chez moi.

Ces mets délicieux apaisent certainement ma faim, mais ne sont pas les seuls à laisser une empreinte dans mon esprit. Bien entendu, son affection à mon égard est à la hauteur de la curiosité qu’elle ressent en me voyant m’investir dans une entreprise bénéfique pour l’avenir de son enfant.

LIRE AUSSI

In Memoria : ma femme a été une chance pour moi

Montrant de l’intérêt pour moi (ma famille, mes études, mes joies et mes peines), celle-ci m’offre souvent l’occasion appropriée de lui ouvrir une fenêtre sur ma vie. « Comment as-tu fait pour survivre à tes difficultés ? Qui lave tes habits ? Que veux-tu devenir ?… » Des questions qui ne m’avaient pas été posées depuis une dizaine d’années. En fait, depuis les derniers conseils de ma mère lors de mon tout premier voyage vers Bamako, de telles paroles n’avaient plus résonné à mes oreilles.

L’héritage des mères

Attentionnée et compréhensive, je la considère comme une « grande sœur », voire même « une mère » se souciant de mon futur. Elle représente le moment d’ouvrir le livre de mes trois vies : celle d’un enfant de la brousse ponctuée d’une enfance difficile, celle d’un étudiant perdu dans un système éducatif aux perspectives incertaines, et enfin celle d’un chômeur errant dans les rues de la ville.

Et bien sûr, sans oublier ma mère, cette femme avec laquelle elle partage non seulement le nom, mais aussi et surtout l’esprit humaniste. Ce type de mère qui accueille quotidiennement une foule d’enfants et de femmes jusqu’à sa véranda.

LIRE AUSSI

Discrimination : toute femme est femme, même celle en situation de handicap

Tout au long de ma vie de bohème, j’ai grandement bénéficié de la tendresse de ces mamans qui savent véritablement ce que signifie être une mère. Dans les rues comme au marché, à l’école comme au travail, chacune des Natou, Fatou, Setou m’a laissé une part d’elle-même. Cependant, ce sont les marques indélébiles laissées par les Hawa (« celle qui donne la vie »), les premières et nourricières de tous, qui restent gravées dans mon esprit.


Khaled Mohamed


Le come-back de l’imam Dicko : « j’ai compris que je n’ai pas été compris »

Dénonçant ce qu’il qualifie de « confiscation des idéaux la révolution, l’instrumentalisation de la justice et l’atteinte aux libertés d’opinion », l’imam Mahmoud Dicko a remobilisé ses fidèles. Un ras-le-bol lancé vendredi 16 juin, en marge d’un rassemblement des partisans du non au référendum constitutionnel, à moins de 48 heures de l’ouverture des bureaux de vote.


Crédit : Depositphotos

« Billahi (par Allah !) ! Billahi ! Billahi ! Jure-t-il. S’il plaît à Allah, nous allons mettre un terme à cette histoire. » Devant un parterre de journalistes et une foule exitée de fidèles, celui qui fut un moment l’autorité morale de l’héteroclite Mouvement du 5 juin (M5), qui a reclamé la démission du défunt président Ibrahim Boubacar Keïta, n’a pas mâché ses mots.

« Je préfère mourir en martyr que vivre traître »


Absent sur la scène politique depuis un certain temps, l’ancien président du Haut conseil islamique du Mali a répondu à des critiques qui animent la toile. Polémiques acerbes selon lesquelles, il aurait rassemblé les foules contre le président déchu au profit de son intérêt personnel. « Ibrahim Boubacar Keïta m’a fait beaucoup de privilèges, reconnait-il. Mais cela ne m’empêche pas de lui dire la vérité sur la gouvernance. Je ne peux pas m’opposer à lui et tolérer les mêmes habitudes de son pouvoir voire pire aujourd’hui ».
Revenant à la charge quant à la gestion de la transition, le porte-voix du M5, pointe du doigt la justice comme fer de lance des militaires de Kati. « Aujourd’hui, nous avons une justice instrumentalisé, mise au service des militaires pour impressionner toute personne qui ose leur dire non. Je ne me préoccupe pas de ce qu’on va me faire après. Je préfère mourir en martyr que vivre traître », fulmine-t-il.
Comme pour remobiliser ses troupes, l’imam Dicko a appelé à la résistance. « Je ne collabore jamais avec des gens qui ont confisqué la révolution. Après avoir bailloné le peuple, ils dénaturent l’histoire et nous font passer, nous les victimes qui avions lutté, pour des bourreaux. Ainsi, j’ai compris que je n’ai pas été compris. »

Requêtes


Ce come-back du célébrissime imam de la mosquée de Badalabougou sur la scène politico-médiatique intervient dans un contexte de campagne référendaire. Campagne au cours de laquelle il a opté pour le non, contestant, aux côtés des islamistes, membres et sympathisants de LIMAMA (ligue des imams du Mali), le principe de laïcité cité dans le projet de Constitution.
Quelques jours plus tôt, la Coordination des Mouvements, associations et sympathisants de l’Imam Mahmoud Dicko (CMAS), jugeant insuffisantes les conditions dans lesquelles se tiendrait le référendum, a déposé deux requêtes, respectivement auprès de la Cour suprême et de la Cour constitutionnelle en vue obtenir l’annulation du scrutin du dimanche.


Elections au Mali : vers le scénario du dromadaire-chameau ?

Dans la nuit de ce vendredi 16 juin 2023, les campagnes pour le référendum constitutionnel seront fermées. Retour sur les enjeux de ces élections qui profilent à l’horizon.

© Shutterstock

On a beau rêver les yeux ouverts, pour le plus incrédule des bamakois la mise en vigueur de la nouvelle Constitution n’est plus qu’une question de semaines. Qui dit mieux ? Les campagnes publicitaires, pardon de vulgarisation du projet de Constitution, qui battent leur plein depuis plusieurs semaines plantent le décor. Comme si les propagandes sur les réseaux ne suffisent pas, les plus de 60 minutes du journal de 20h de l’ORTM (Office radiotélévision du Mali) ont toujours servi de cheval de troie pour l’Exécutif. Regardons-nous les yeux dans les yeux, en cette période de la résurrection du train voyageur Bamako-Kayes, les reportages sur les inaugurations et rencontres, sur les ondes de la chaîne nationale, sont des promotions déguisées des ministres, gouverneurs et membres du CNT en faveur du « oui massif ».

LIRE AUSSI

Le Mali aux couleurs du référendum

« Pères Noël »

Le duel des rouges et blancs (les camps du oui et du non) n’est plus à l’ordre du jour pour tout lecteur avisé. A quelques mois des élections présidentielles et législatives, l’on s’interroge désormais sur ce que sera le pouvoir post-électoral au pays de Modibo Keita.

Les discours souverainistes et surtout la reconstruction en cours des FAMa (Forces armées maliennes) font, certes, rêver plus d’un villageois du fin fond de la brousse, mais le populisme médiatique, entretenu par une armada d’internautes, offre plutôt l’image d’un Malikura (Mali nouveau) en trompe-l’œil. Comme si des Militaires n’ont pas été acclamés et déclamés par le passé, les Pères Noël du jour, qui étaient la plupart inconnus jusqu’au 18 août, sont présentés comme des hommes providentiels, les seuls capables de tenir la barre du bateau.

LIRE AUSSI

Le come-back de l’imam Dicko : « j’ai compris que je n’ai pas été compris »

Deux ans après le départ forcé d’Ibrahim Boubacar Keita, recordman des scores électoraux, la déclaration quant à une prétendue rupture avec les habitudes anciennes est d’autant prématurée que les plus éclairés du narratif scrutent l’horizon devant les promesses d’une souveraineté retrouvée.

Deux cartes sur la table

Le quiproquo avec les parties prenantes de l’Accord d’Alger (groupes armés signataires et Minusma), des ruraux qui continuent de payer la zakat (l’aumône légale), les attaques terroristes récurrentes jusqu’aux portes de Bamako, le retard des bourses des étudiants, les jeux de lumières quotidiens de l’EDM (Energie du mal), ralentissant des activités économiques, les flambées des prix de denrées et du pétrole sur le marché… Autant des préoccupations devenues, hélas, des cadets des soucis d’une certaine opinion.

LIRE AUSSI

Au Mali, l’électricité est le luxe du siècle

Face à ce dilemme cornélien, la ville-garnison est-elle partante pour passer le témoin dans moins d’un an. D’Addis-Abeba à New York, en passant par Paris, une seule question taraude les esprits : Après avoir dribblé deux de ses propres joueurs (IBK et Bah N’daw), le dromadaire de Bamako lorgnera-t-il le chameau de Yamoussoukro ? Une chose est sûre, les colonels de Kati n’ont plus qu’à jouer l’une de deux cartes sur la table. Celle des promesses de la charte de la Transition ou celle des influenceurs qui ont déjà érigé les contours d’un paradis imaginaire dans la tête des followers. Quoiqu’il en soit, le Peuple assumera la suite de l’histoire.

Kissé kelen fili


Primature : le retour de Choguel

«Je suis venu informer le président que je suis apte à reprendre le travail et dans quelques jours le chef de l’État annoncera la date », a confié à la presse le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga. C’était hier vendredi 25 novembre au palais de Koulouba.


Absent de la primature depuis le 10 août 2022 pour des raisons de santé, le chef du gouvernement a été reçu en audience par le président de la Transition, le colonel Assimi Goïta. Passés les quatre mois de repos médical, Choguel Kokalla Maïga signe son retour devant les feux de projecteur avec un sourire de Duchenne.


La panthère à la tanière


Visiblement bien rétabli, le chef du gouvernement a adressé ses remerciements au chef de l’État pour les efforts déployés durant cette période difficile. S’adressant au peuple Malien, l’ex candidat aux élections présidentielles a appelé à l’union pour faire face aux défis du moment
Nostalgiques, nombreux sont les citoyens qui ont manifesté leur satisfaction pour le retour tant attendu du président du parti de la panthère dans la tanière. Un retour qui fait subitement taire des rumeurs qui circulent depuis son départ. Les unes qui laissent croire à une prétetendue discorde avec les cinq colonels, les autres l’aggravation de sa santé qui, selon les auteurs, ne lui permettrait pas de reprendre la tête du gouvernement.
Face aux spéculations qui émaillent les médias, les autorités de la Transition ont décidé de garder le mystère sur des détails quant à l’état d’évolution de la santé du PM. Pour rassurer les populations, le gouvernement dirigé par le Colonel Abdoulaye Maïga, du nom du Ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, porte-parole du gouvernement, qui assure l’intérim à la Primature, a rendu publics des communiqués au fil des mois.

La carte Choguel


Nommé premier ministre en juin 2021, suite au coup d’État qui a renversé le président Bah N’daw, Choguel Kokalla Maïga était jusqu’ici le président du comité stratégique du M5-RFP, mouvement hétéroclite qui a travaillé au renversement du pouvoir IBK.
Habillé en modibiste, le fidèle des fidèles de Moussa Traoré est une figure de la Transition actuelle. Aux critiques de la Macronie, celui qui a dénoncé « l’abandon en plein vol » du Mali par la France, ne cache pas son optimisme quant à l’émergence d’un Mali kura (Mali nouveau), concept selon lequel le pays est en révolution, voire en refondation.
Son retour de flamme à la Primature intervient dans un contexte de vie chère où les prix des denrées alimentaires et des hydrocarbures connaissent des hausses sur le marché. Alors que le gouvernement tente de remédier aux conséquences des sanctions économiques de la CEDEAO, des préavis de grève sévissent au niveau des départements ministériels.
Outre les menaces d’arrêt de travail des enseignants, infirmiers et étudiants, des citoyens lambda désapprouvent la récente augmentation du nombre des conseillers du CNT. D’autres pensent que la décision de faire le port du casque une obligation pour les conducteurs et leurs passagers n’est pas une priorité.
En rejouant la carte Choguel, Assimi Goïta parviendra-t-il a remobiliser ses troupes ? Faut-il le rappeler, des millions de « militaires » s’étaient rassemblés au lendemain de l’annonce des sanctions économiques de la CEDEAO, pour exprimer leur soutien aux « libérateurs » du jour.

Khaled Mohamed


Mah Kouyaté : un aller sans détour

Lundi dernier 7 novembre 2022, l’artiste-griotte a tiré sa révérence à l’âge de 46 ans à Bamako.

Crédit : depositphotos


Tempo vocal à nul autre pareil. La voix mandingue est à la fois griotte de souche et artiste de naissance. D’un père guitariste (Kabiné Kouyaté) et d’une mère cantatrice (Fanta Kamissoko), l’originaire de Kita fait ses armes dès l’adolescence.


Genèse


Silhouette maigre, visage allongé, personne ne savait encore, en cette fin des années 1990, ce que va devenir la petite voix timide de Mah. De cérémonies de mariages et de baptêmes qu’elle assiste aux côtés de ses tentes et grandes sœurs, il a fallu attendre la 10e anniversaire de l’ORTM (la télévision nationale) pour que la jeune étoile monte sur scène et exhibe son talent d’artiste au grand public.
Aussitôt célèbre par la chanson Mayéléma, elle gravit les échelons au fil des années. Sa carrière musicale commence en 1996 avec la sortie de « Diarabi ». Elle entame ainsi une aventure folle marquée par des albums qu’elle enchaine au fil des décennies. Parmi les plus connus, Badenya, Nan Koum andjan, Tariba et Fimani (du nom de son défunt mari).
Du style mandingue métissé à la mélodie des guitares, la voix originale de Fimani ka Mah (l’épouse de Fimani) séduit les amoureux du Sumu (concerts animés par des griots lors des mariages ou baptêmes). Vers la fin des années 2000, l’artiste-griotte devient une vedette incontestable. Avec plus de 100 concerts, Mah Kouyaté a vendu plus de 100 000 cassettes. Un record dans le monde musical de l’époque.
Outre ses morceaux qui bercent jusque dans les salons feutrés de Bamako, l’artiste et son mari guitariste Fimani formait un couple qui faisait rêver plus d’un féru de la bonne sonorité aussi bien sur scène que dans la vie sentimentale. Mais le destin a voulu que le duo se sépare. Après le divorce puis le décès de Fimani, la voix de Boudofo (l’autre nom de Kita) s’installe avec Ali Konaté, son nouveau mari, au Burkina Faso.


Soumba


De chansons qu’elle continue de produire depuis le Pays des Hommes Intègres, Mah Kouyaté N⁰2 fait son dernier spectacle en juillet dernier à Bamako avec son homonyme Mah Kouyaté N⁰1. Un concert d’adieux à une époque où les nouveaux médias s’intéressent de plus en plus à la vie des figures de la musique malienne.
Dans ses dernières interviews, l’artiste regrette hélas de n’avoir pas reçu une quelconque distinction pour ses œuvres. « Mes diatigui (fans) m’ont tout donné. Mais je n’ai pas eu de trophée pour mes chansons et ne pardonnerai jamais si on m’attribue une quelconque récompense après ma mort », prévient-elle.
En bonne croyante, Mah avait prévu ce jour. Elle ne s’est pas trompé de ce qui est la mort et de tout le sombre décor que cela plante. Son morceau Soumba n’était-il pas la prédication de la mort ? Cette mort, qui transforme l’homme et le sépare de tout lien, a eu raison d’elle tout comme elle aura raison de nous tous un à un.


Mali : le phoenix article 39

Après les sanctions, les revendications ! N’est-ce pas ce qui explique le spectre de grève qui plane de nouveau sur les écoles publiques ? Dans une lettre datant du 1er octobre 2022 (deux jours avant la rentrée scolaire 2022-2023), les syndicats de l’éducation signataires du 15 octobre 2016 menacent de monter au créneau pour réclamer l’application de l’article 39 de la Loi N° 2018-007 du 16 janvier 2018, qui prévoit des privilèges au personnel enseignant du fondamental, des lycées et des écoles de formation d’enseignants du fondamental.

Crédit : depositphotos


Dans ledit document, la synergie des syndicats des enseignants regrette que le gouvernement n’a engagé « aucune action véritable pour résoudre la question » après la suspension de leur mot d’ordre de grève durant la période de l’embargo économique de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest). Ils informent leurs militants que « des mesures seront bientôt portées à la connaissance des enseignants ».
Pour rappel, les syndicats signataires du 15 octobre 2016 avaient à l’époque appelé leurs militants à boycotter les examens de fin d’année et prendre en otage les notes de classe. En laissant la craie, les enseignants fonctionnaires exprimaient leur ras-le-bol contre l’abrogation de ladite loi.

Bras de fer


Signée par l’Etat malien dans le cadre de l’amélioration des conditions de vie et de travail du personnel enseignant, la Loi N° 2018-007 du 16 janvier 2018 a pour épine dorsale le fameux article 39 qui prévoit la revalorisation de la grille salariale des enseignants fonctionnaires. Elle est née suite aux mouvements des grèves qui prennent leur source dans les années 2016.

Depuis 6 ans, l’école malienne est paralysée par une crise qui frappe de plein fouet les établissements publics. Alors que les syndicalistes reprochent à l’État de ne pas vouloir appliquer la fameuse loi, les autorités pointent du doigt le manque de ressources suffisantes pour satisfaire leur revendication.

Du bras de fer entre Etat et syndicalistes, les salles de classe seront fermées pendant des semaines, affectant ainsi le calendrier scolaire. En juillet 2020, le défunt président Ibrahim Boubacar Keïta, qui faisait face aux manifestations du Mouvement du 5 juin, avait promis l’application de la l’article 39, suite à plusieurs meetings et sit-ins organisés par les enseignants grévistes à travers le pays.
Quelques semaines après le coup d’État du 18 août 2020, la synergie met de nouveau le poing contre la table pour dénoncer cette fois-ci les « tentatives de tripatouillage » de la loi promise. Pour sauver l’année scolaire, les militaires doivent jouer la carte des négociations et signer le procès-verbal de concialiation avec les syndicalistes.

Éphèmerissime…


Arrivées au pouvoir à la suite du coup d’État de mai 2021, les nouvelles autorités avaient estimé que face à la crise socio-sécuritaire, l’Etat ne pourrait pas appliquer l’article 39.
En abrogeant la fameuse loi, la Transition prend une décision « courageuse » qui fait tâche d’huile en cette période de préparation des examens de fin de l’année, une année 2020-2021 marquée par la crise sanitaire mondiale de coronavirus et surtout les grèves intempestives des enseignants fonctionnaires.
De l’échec des pourparlers initiés à la rentrée 2021-2022, la synergie menace de nouveau de boycotter les examens de fin d’année et de prendre en otage les notes de classe. Mais aussitot lancé, l’éphèmerissime mot d’ordre de grève sera suspendu, car quelques jours plus tard, la CEDEAO annoncera la fermeture des frontières contre la décision des autorités de prolonger la durée de la Transition. Une occasion pour la synergie de soutenir le moral des populations face à la vie chère qui se dessine à l’horizon.


ONU : Abdoulaye Maïga porte les gants contre « la junte française »

« Le Mali et son peuple ne seront pas des spectateurs face aux assauts et l’adversité : pour chaque mot employé de travers, nous réagirons par réciprocité », fulmine le premier ministre par intérim colonel Abdoulaye Maïga, depuis la tribune des Nations Unies à New York.


Crédit : depositphotos

Ce samedi 24 septembre, tous les regards sont tournés vers la capitale du monde. Devant les smartphones et télévisions, les bamakois vivent le grand oral tant attendu du premier ministre par intérim.

Moins d’un an après le passage de Choguel Maïga, Abdoulaye Maïga prenait part à la 77e session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies. L’occasion pour le porte-parole du gouvernement de la Transition de répondre aux critiques des autorités françaises et plusieurs autres dirigeants ouest-africains.

Bazoum


Si Choguel avait décrié l’abandon en plein vol du Mali par la France, Abdoulaye ira jusqu’à qualifier les dirigeants français de « junte au service de l’obscurantisme ». « Les autorités françaises profondément anti-françaises pour avoir renié les valeurs morales universelles et trahi le lourd héritage humaniste des philosophes des lumières, se sont transformées en une junte au service de l’obscurantisme. », a-t-il insisté.

Accusant Paris d’être le « commanditaire » des sanctions économiques imposées par la CEDEAO et l’UEMOA à la suite du coup d’État de mai 2021, le ministre de l’Administration territoriale s’en est pris à des dirigeants ouest-africains. « A l’endroit de M. Bazoum (président du Niger), le Gouvernement de la Transition n’a pour le moment jamais réagi à ses propos injurieux pour deux raisons cumulatives. La première raison tient au respect de l’héritage laissé par nos ancêtres, qui consiste à ne pas répondre aux injures par des injures. La seconde raison relève de l’identité de M. Bazoum, l’étranger qui se réclame du Niger », lâche-t-il.


Sur l’affaire des soldats ivoiriens détenus à Bamako, le colonel Maïga a dénoncé « l’ingérence » du président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embalo. « Il est utile de rappeler au président en exercice de la CEDEAO qu’au Mali, les autorités n’interfèrent pas dans les dossiers judiciaires et respectent l’indépendance de la Justice… Par ailleurs, nous avons pris acte de la menace de sanctions proférée contre le Mali, et loin d’être impressionné », a-t-il prévenu.

3e mandat


Tout en réitérant l’engagement de la Transition malienne quant à l’organisation des élections en 2024, « nous prêterons une attention particulière au 3ème mandat qui ne sera pas possible. Pour un public moins averti, le 3ème mandat consiste pour un Président de la République à effectuer une manœuvre en 4 temps, en vue de conserver le pouvoir pour lui seul et son clan…

Dans un langage plus simplifié et en référence à une métaphore footballistique, le 3ème mandat est une magie, c’est l’art de se dribbler soi-même tout en gardant le ballon. », souligne-t-il en guise de remerciements au président ivoirien Alassane Ouattara pour ses sages conseils.


Ce discours intervient dans un climat surchauffé entre Bamako et Paris. Il faut dire que depuis le coup d’Etat du 24 mai 2021 qui a porté au pouvoir le Colonel Assimi Goïta, les relations n’ont de cesse dégradé entre les deux pays. Au moment où la Transition s’approche de Moscou dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, Paris dénonce la collaboration avec les « mercenaires » de Wagner. Des critiques réciproques qui mettent le feu aux poudres, la France décide en juin dernier le retrait immédiat de la force Barkhane du Mali.


Réseaux sociaux au Mali : un pied de nez aux médias traditionnels

Des lanceurs d’alertes aux vidéastes, en passant par les coachs en développement personnel, jusqu’où ces nouveaux métiers mèneront-ils ?

Crédit : pixabay


A l’ère des réseaux sociaux, la réputation et l’image ont une valeur inestimable dans la société. Chanteurs, vidéastes ou simples tiktokers, ils sont de plus en plus nombreux à tirer d’affaire. Sponsorisés parfois par des entreprises commerciales, nombreux sont des jeunes artistes et activistes qui ont éclos leurs talents à travers les réseaux sociaux.
Alors que le coachig et le blogging voient le jour, le journalisme connait une explosion démographique, favorisant ainsi la naissance et l’émergence d’une nouvelle génération d’hommes de média qui la disputent désormais avec ceux des médias traditionnels (radio, télévision et presse écrite).


Les magnats


Depuis leurs comptes, les magnats des réseaux sociaux n’ont plus de peine pour se tailler de centaines de milliers de followers en ligne. Grâce à l’instantaneité et surtout la masse d’informations qu’ils mitraillent au fil des minutes, ils ont une avance sur les médias traditionnels qui semblent souvent en retard dans la diffusion des nouvelles.

Quant aux vidéastes, ils sont suivis jusque dans les villages les plus reculés. Pour attirer le public, ils s’expriment le plus souvent en langues locales et ont pour cibles la jeunesse, les cultures locales et surtout les politiques. Pseudo-révolutionnaires, traditionalistes, religieux et autres sont passés par là !


Casse-tête


Dans un pays où l’utilisation du français demeure un défi, la presse écrite est l’une des principales victimes de cette révolution numérique. Il suffit de faire un tour dans les rues de Bamako pour constater la rareté des clients devant les kiosques.
Les unes des journaux, qui froufroutent au soleil, appâtent certes le visiteur, mais à peine quelques lignes parcourues, l’on découvre, hélas, les mêmes informations relayées quelques heures plus tôt sur Facebook, voire moins développées. Un casse-tête pour l’auditeur et le téléspectateur qui doivent ruminer les mêmes informations au cours de la revue de presse à la radio et à la télé.
Dans cet océan de nouvelles, où journalistes et activistes se distinguent à peine les uns des autres, il est peu facile de séparer la bonne graine de l’ivraie. La vitesse de ce magma de bonnes et mauvaises informations charme le lecteur à telle enseigne que l’éditeur préfère être le premier à se tromper que le dernier à informer.
C’est dire que la crédibilité ne tient donc qu’à un fil à une époque où un simple partage permet au consommateur de jouer lui-même le producteur d’information.